Ce n'est pas peu de chose que de méditer sur un livre; cela dépasse de bien loin la conversation la plus étudiée, où l'objet change aussitôt par la réflexion. Le livre ne change point, et ramène toujours. Il faut que la pensée creuse là.
Auteur
Emile-Auguste Chartier, dit Alain
Tout pouvoir est méchant dès qu'on le laisse faire; tout pouvoir est sage dès qu'il se sent jugé.
Le signe «oui» est d'un homme qui s'endort; au contraire, le réveil secoue la tête et dit non.
L'union fait la force. Oui, mais la force de qui?
Les maximes générales sont surtout bonnes contre les peines et les erreurs du voisin. Mais contre une fureur d'amour trompé ou d'ambition, ou d'envie, que pourrait une maxime? Autant vaudrait, contre la fièvre, lire l'ordonnance du médecin.
Qu'il est difficile d'être courageux sans se faire méchant!
Le principe du vrai courage, c'est le doute. L'idée de secouer une pensée à laquelle on se fiait est une idée brave. Tout inventeur a mis en doute ce dont personne ne doutait. C'était l'impiété essentielle.
La loterie plaît, parce qu'elle tire l'inégalité de l'égalité; l'assurance déplait parce qu'elle fait justement le contraire.
L'esprit ne doit jamais obéissance. Une preuve de géométrie suffit à le montrer; car si vous la croyez sur parole, vous êtes un sot; vous trahissez l'esprit.
Le maître ne nous apprend rien d'autre que ceci, qu'il faut que chacun soit son propre maître, ce qui fait tous les hommes égaux.
Chacun se redresse aux maximes et aux proverbes; chacun en sent le prix. Penser sur des maximes c'est se reconnaître et reprendre le gouvernement de soi.
Les métiers sans ennuis sont les métiers qu'on ne fait pas.
Les grandes pensées ont quelque chose d'enfantin, qui fait que les beaux esprits passeront toujours à côté sans les voir.
La gloire, en politique, est le salaire de l'injustice.
Les proverbes ne sont point d'entendement, mais de raison. Ils ne concernent jamais la nature des choses, mais ils visent à régler la nature humaine, et vont toujours à contre-pente, contre les glissements qui nous sont naturels.
Chacun sait qu'une certaine espèce de fous font ce qu'on leur suggère, et qu'ils veulent aussi ce qu'ils font, ce qui fait qu'ils croient faire ce qu'ils veulent. Prouvez que nous ne sommes pas tous ainsi.
Tous les arts sont comme des miroirs où l'homme connaît et reconnaît quelquechose delui-même qu'il ignorait.
Le plus grand plaisir humain est sans doute dans un travail difficile et libre fait en coopération, comme les jeux le font assez voir.
Il y a des pédagogues qui rendraient les enfants paresseux pour toute la vie, simplement parce qu'ils veulent que tout le temps soit occupé.
Il n'y a point d'homme qui apprenne plus promptement que le peintre à se défier de ses pensées.
Refuser en donnant des raisons, ce n'est point refuser.
Il n'est pas difficile d'être malheureux ou mécontent; il suffit de s'asseoir, comme fait un prince qui attend qu'on l'amuse ... Refais chaque jour le serment d'être heureux.
Ne vouloir faire société qu'avec ceux qu'on approuve en tout, c'est chimérique, et c'est le fanatisme même.
Une idée est fausse dès l'instant où on s'en contente.
L'intelligence, c'est ce qui dans un homme reste toujours jeune.
Œuvres de Emile-Auguste Chartier, dit Alain
81 chapitres sur l'esprit et les passionsAu professeur Mondor.Avec BalzacCahiers de Lorient (1964)Cent un proposCorrespondance avec Romain RollandDans La Dépêche de Lorient, 14 juin 1900.De la guerreDéfinitions (1954)Définitions (1954), EgalitéDéfinitions (1954), TortureDéfinitions (1954), ViolenceDéfinitions (1954), VénielEléments de philosophie (1941)Entretiens au bord de la mer (1931)Esquisses de l'hommeEsquisses de l'homme (1927)HegelHistoire de mes pensées (1936)Histoire de mes pensées (1936), Retour