Auteur

Claude Roy

Ils osèrent enfin annoncer au tyran qu'il était mort depuis deux jours.
Il garde un silence riche de nuances et de développements.
Un sujet, un verbe, un complément direct et le papier réglé beau comme des rails de train.
Se souvenir simultanément que chaque être est unique au monde et que des milliards et des milliards sont exactement comme nous.
Le souvenir d'un bonheur n'est bénéfique que lorsque celui qui se souvient est encore heureux. Dans le malheur il n'est pas une consolation ou un refuge, mais la brûlure d'un regret sans espoir.
Ce qui caractérise la différence entre le voyageur, espèce qui fut toujours rare et le demeure, et le touriste, c'est que le touriste ne cesse de pester contre le touriste. Les touristes, bien entendu, ce sont toujours les autres.
Qui craint de se dépenser se tarit.
C'est mourir avant l'heure que de faire des économies de vie. Le bonheur ... ce n'est pas de gagner du temps; c'est de savoir le perdre.
Un chat est rarement enthousiaste. Un chien l'est souvent trop. Un homme aussi.
Croire en Dieu est une attitude qu'on ne peut ni réfuter, ni discuter, ni approuver, ni blâmer.
Je crois qu'il n'est ni nécessaire, ni utile, ni sage de croire.
Les Eglises ont besoin de fidèles qui se sentent coupables pour ne pas se trouver aux prises avec des rebelles qui se découvrent incrédules.
La littérature est parfaitement inutile: sa seule utilité est qu'elle aide à vivre.
Rien n'est plus gênant que les faits: ils empêchent de croire ce qu'on veut.
S'il y a un problème ce n'est pas le problème de Galilée, mais celui de ses juges.
A vingt ans je trouve bête mon Moi je de dix ans. A trente celui de vingt. A cinquante celui d'avant. Il n'y aura pas de trêve. Où est le dernier Moi qui jugera tous les autres, et pourra les absoudre parce qu'enfin délivré d'être sempiternellement Moi?
Le ciel du printemps ressemble souvent à la mine de la belle-mère; dit le proverbe. La littérature et les foyers chinois sont pleins de belles-mères terribles.
Il n'y a que toi au monde pour moi, lui disait-il. Elle finit par se trouver un peu seule.
Les Italiens sont des Français de bonne humeur, et en même temps c'est un des peuples les plus austères, les plus secrets et les plus tragiques de notre Europe.

Œuvres de Claude Roy

Clefs pour la Chine (1953)Descriptions critiques, Aragon romancierDescriptions critiques, ColetteDescriptions critiques, Jean GiraudouxDéfense de la littérature (1968)L'ami lointainL'étonnement du voyageurLe Commerce des classiques, MontesquieuLe journal des voyages (1960)Le malheur d'aimerLes Chercheurs de Dieu (1981)Les rencontres des joursMoi je (1969)Poésies, A regretPoésies, la NuitSomme toute (1976)