Auteur

Charles-Augustin Sainte-Beuve

La servitude et l'oppression enseignent la ruse.
Un homme entendu à tout, voilà Perrault. De nos jours, il eût construit tour à tour un chemin de fer et un vaudeville. Il aurait donné ses idées pour le palais de cristal de Londres, et aurait perfectionné le daguerréotype.
Ce qui suffirait pour donner la plus haute idée de la qualité du talent de M. de Chateaubriand, c'est en général la nature distinguée des femmes qui s'y sont prises, qui se sont éprises de lui pour son talent.
C'est vous dire que je crois être rentré à votre égard dans les termes d'une indépendance respectueuse, équitable, non plus amicale.
«Vous ne savez pas? disait-on un jour, M. de Chateaubriand veut décidément se retirer du monde; il va vivre en solitaire dans un ermitage.» «Oui, répondit quelqu'un... M. de Chateaubriand veut une cellule, mais c'est une cellule sur un théâtre».
A partir d'un certain moment, l'Institut de l'Enfance étant devenu suspect, la Cour donna ordre de le surveiller étroitement et d'y introduire des espions, ce qu'on appelait dès lors des mouches.
Mais avant tout j'ai pensé à vous demander vos bons avis sur quelques chétifs essais de ma façon.
Quan il est seul, il rêve, c'est-à-dire il se livre à tout l'essor d'une imagination sans frein, il voyage et vagabonde à travers l'espace sur l'hippogriffe ailé.
Je voudrais pouvoir moi-même t'en dire davantage; mais mon coeur te parle assez, et le temps ne me permet pas de m'étendre plus longuement.
Il est toujours difficile de se mettre exactement à la place d'un autre.
Dans la description des divers exercices, manège, chasse, lutte, natation, Rabelais s'amuse: ces tours de force de maître gymnaste deviennent, sous sa plume, des tours de force de la langue.
En causant, elle avait le don du mot propre, le goût de l'expression exacte et choisie; l'expression vulgaire et triviale lui faisait mal et dégoût.
Poésie d'opéra, peinture de décors, Perrault ne conçoit rien de plus beau: c'est le côté faible de son goût.
Nous autres, critiques, avons la tête farcie de tout ce qu'il nous faut lire et examiner, tant les volumes pleuvent et se pressent.
Buffon, le dernier disparu des quatre grands hommes du XVIIIe siècle, ferma pour ainsi dire ce siècle le jour de sa mort, 16 avril 1788.
Le mode de publication en feuilletons, qui obligeait, à chaque nouveau chapitre de frapper un grand coup sur le lecteur, avait poussé les effets et les tons du roman à un diapason extrême, désespérant, et plus longtemps insoutenable.
J'en suis flatté; de quoi suis-je flatté et qu'est-ce qui est flatté en moi ? Est-ce l'amour propre ? A-t-il des chatouillements aussi étranges que cela ?
Le goût d'enseigner ne doit point se considérer chez elle comme un travers, c'était le fond même et la direction de sa nature.
Florian a raconté ses impressions d'enfance et ses premières aventures, ses fredaines de jeunesse, dans des pages rapides, écrites d'un ton enjoué, parfois assez leste, et qui sent même la garnison.
C'est que la jeunesse est ingrate naturellement, d'humeur fugace et passagère.
Le reste de ses écrits est composé toujours de pièces et de morceaux, de très beaux morceaux, mais qui ne réussissent à faire qu'un ensemble haché, saccadé. Il y a du grandiose, mais à tout moment brisé, un grandiose qui casse à tout coup.
On ne peut guère exiger des gens qui ont leurs affaires, leurs ambitions, leurs habitudes positives, de s'intéresser ardemment aux choses d'un monde idéal dont ils ne soupçonnent pas même l'existence.
Une fois donc qu'il eut remis un pied dans le monde, il pensa qu'il n'avait rien de mieux à faire que de s'y lancer tout à fait, en se fiant à son talent.
La femme, telle que Marie Stuart, mobile, ardente et entraînée, avec le sentiment de sa faiblesse et de son abandon, aime à trouver son maître et par moments son tyran dans celui qu'elle aime.
Jeu bizarre, et pourtant le nôtre! - Ce qu'un amant inflige à l'autre, - D'un autre il l'éprouve à son tour: - Le talion est loi d'amour. - Or voici ma leçon; que le novice entende: - «Rends l'amour à qui t'aime, afin qu'on te le rende.»

Œuvres de Charles-Augustin Sainte-Beuve

Causeries du lundiCauseries du lundi (1851-1881)Causeries du lundi (1851-1881) (A propos de Napoléon)Causeries du lundi (1851-1881), 1 octobre 1849Causeries du lundi (1851-1881), 10 décembre 1849Causeries du lundi (1851-1881), 11 août 1851Causeries du lundi (1851-1881), 12 avril 1858Causeries du lundi (1851-1881), 12 novembre 1849Causeries du lundi (1851-1881), 13 mai 1850Causeries du lundi (1851-1881), 13 octobre 1851Causeries du lundi (1851-1881), 1850Causeries du lundi (1851-1881), 1851Causeries du lundi (1851-1881), 20 avril 1850Causeries du lundi (1851-1881), 21 juillet 1851Causeries du lundi (1851-1881), 22 septembre 1851Causeries du lundi (1851-1881), 26 mai 1851Causeries du lundi (1851-1881), 27 janvier 1851Causeries du lundi (1851-1881), 29 avril 1850Causeries du lundi (1851-1881), 29 décembre 1851Causeries du lundi (1851-1881), 30 décembre 1850