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Antoine Rivaroli, dit Rivarol

On ne pleure jamais tant que dans l'âge des espérances; mais quand on n'a plus d'espoir, on voit tout d'un oeil sec, et le calme naît de l'impuissance.
En général, l'indulgence pour ceux que l'on connaît, est bien plus rare que la pitié pour ceux qu'on ne connaît pas.
L'envie qui parle et qui crie est toujours maladroite; c'est l'envie qui se tait qu'on doit craindre.
On sait par quelle fatalité les grands talents sont, pour l'ordinaire, plus rivaux qu'amis; ils croissent et brillent séparés, de peur de se faire ombrage: les moutons s'attroupent et les lions s'isolent.
Si la pauvreté fait gémir l'homme, il bâille dans l'opulence. Quand la fortune nous exempte du travail, la nature nous accable du temps.
Un bon esprit paraît souvent heureux, comme un homme bien fait paraît souvent adroit.
L'homme passe sa vie à raisonner sur le passé, à se plaindre du présent, à trembler pour l'avenir.
Les opinions, les théories, les systèmes, passent tour à tour sur la meule du temps, qui leur donne d'abord du tranchant et de l'éclat, et qui finit par les user.
La parole est la pensée extérieure, et la pensée est la parole intérieure.
... par sa nature, l'homme ne veut que deux choses, ou des idées neuves ou de nouvelles tournures: il exprime l'inconnu clairement pour se faire entendre, et il relève le connu par l'expression pour se faire remarquer.
Le talent est un art mêlé d'enthousiasme. S'il n'était qu'art, il serait froid; s'il n'était qu'enthousiasme, il serait déréglé: le goût leur sert de lien.
La parole est le vêtement de la pensée, et l'expression en est l'armure.
Les idées sont comme les hommes: elles dépendent de l'état et de la place qu'on leur donne.
Le genre humain est comme un fleuve qui coule du nord au midi; rien ne peut le faire rebrousser contre sa source.
... c'est la prose qui donne l'empire à une langue, parce qu'elle est tout usuelle: la poésie n'est qu'un objet de luxe.
Il est bon de ne pas donner trop de vêtements à sa pensée; il faut, pour ainsi dire, voyager dans les langues, et, après avoir savouré le goût des plus célèbres, se renfermer dans la sienne.
Le langage est la peinture de nos idées ...
Rivarol disait du fils de Buffon: c'est le plus pauvre chapitre de l'Histoire naturelle de son père.
Il n'est rien de si absent que la présence d'esprit.
Les petits esprits triomphent des fautes des grands génies, comme les hiboux se réjouissent d'une éclipse de soleil.
On ferait souvent un bon livre de ce qu'on n'a pas dit, et tel édifice ne vaut que par ses réparations.
Il ne faut pas trop compter sur la sagacité de ses lecteurs; il faut s'expliquer quelquefois.
Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe.
Puisque Hobbes a dit que le méchant est un grand enfant, il faut nécessairement que les enfants soient de petits philosophes.
Le génie égorge ceux qu'il pille.

Œuvres de Antoine Rivaroli, dit Rivarol

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