Auteur

Angelus Silesius

Ne renonce pas, mon enfant, si seulement tu as une bonne volonté - \r\nTon orage finira par se calmer.
L'âme a deux yeux : l'un regarde le temps - Et l'autre se tourne vers l'éternité.
Ami, si tu es quelque chose, n'en reste pas là : - \r\nIl faut sans cesse aller d'une lumière à une autre.
L'homme a trois ennemis : lui-même, Belzébuth et le monde ; - \r\nMais entre eux c'est le premier le plus long à abattre.
Meurs avant de mourir, pour ne pas mourir - Quand tu devras mourir ; sinon tu périras.
Mon meilleur ami - mon corps - est mon pire ennemi : - \r\nIl me lie, m'entrave même s'il me veut du bien. - \r\nJe le hais et je l'aime, et au jour de nos adieux - \r\nJe m'arracherai à lui avec joie et avec peine.
Nulle mort n'est plus belle que celle qui donne une vie, - \r\nNulle vie plus noble que celle qui surgit de la mort.
Le cercle est dans le point, le fruit est dans la graine, - \r\nDieu dans le monde : sage est celui qui L'y cherche.
Homme, ne montre pas trop haut et ne tire gloire de rien d'autre : - \r\nLa plus belle sagesse c'est de ne pas être sage.
La plus belle sagesse c'est de ne pas être sage.
Tout bien n'est pas bon. Homme, ne te fais pas d'illusions : - \r\nCe qui ne brûle pas de l'huile d'amour est une fausse lumière.
L'homme riche qui parle sans cesse de sa misère, - \r\nN'hésite pas à le croire : la vérité - c'est qu'il ne ment pas.
Partager donne la paix ; c'est de la propriété seule - \r\nQue naissent tous les maux, toutes les persécutions, les guerres et les luttes.
Fou l'homme qui embrasse un nuage ! - \r\nFou, toi qui te fais joie de vaine gloire !
On n'apprécie rien si on ne le contemple pas ; ce qui manque au monde c'est la contemplation.

Œuvres de Angelus Silesius

Le Voyageur chérubinique (1675)