Auteur

André Pieyre de Mandiargues

Mais à ces soies généralement artificielles, à ces violents tons d'aniline, il voit un aspect fol et funèbre, comme à la défroque d'un bal autant de carnaval que de fête des morts
Solitaire en tout cas au sein d'un milieu qu'il peut laisser extérieur à sa personne ainsi qu'un de choses et d'êtres ...
Le trottoir central, grande étendue où le repos des solitaires, sous les arbres que l'on sait chargés d'oiseaux qui dorment, met une apparence d'asile.
Nul n'a jamais su que dans la voiture, derrière le carton de cette cavité du tablier que l'on nomme la boîte à gants, Sigismond, par une sorte d'enfantine manie, cachait un petit revolver.
Qu'est-ce qu'un gros oeuf muni d'ailettes, sinon une bombe?
Cette indécise allure convient à l'heure nocturne et au quartier, où il est habituel de marcher en louvoyant, ou, comme disent encore les marins, de tirer des bordées.
Le mouvement des humains, en bas, paraît s'accélérer, et sur le quai des brimborions s'empressent.
Serait-il possible qu'elle eût marché pieds nus, en exhibant ces jolis pieds à côté des boîtes des cireurs qui sont en leur habituel lieu, devant les tables du bar?
Les maladies vénériennes ne sont-elles pas des maux particuliers, qui distinguent et décorent le contaminé de quelque symptôme aussi discret que le ruban rouge à la boutonnière de Gédéon Pons?
«Des croûtons de pain vieux frottés d'oignon ou d'ail, arrosés d'une goutte d'huile d'olive bien fruitée, voilà dont je ne me lasserais pas», pense-t-il.
Sigismond ne dérange personne en allant vers un rideau de vieux velours vert, derrière lequel se fait entendre un orchestre fort en cuivres.
Jamais de sa vie, jeune comme il était, dix-neuf ou vingt ans à peine, il n'avait dû entendre un semblable discours, et certainement il en était resté abasourdi, puisqu'il n'avait pas essayé de répondre ou de désobéir. Il s'était repris, certainement, dans la suite, il embrassait peut-être le tronc d'un pin, ou il songeait à ce que lui réservait le soir. L'amour n'est pas une chose commune sur laquelle on peut broder, pensait-elle, et il faut l'offrir et l'accepter, le donner et le recevoir, avec cet esprit de dépouillement et de simple feu qui est le meilleur moyen pour arriver à l'intimité des âmes et des corps.

Œuvres de André Pieyre de Mandiargues

Dans les années sordidesFeu de braise, le DiamantL'Age de craieLa Marge (1967)La Marée (1962)La MotocycletteLe Belvédère, Préliminaires à un voyage au MexiqueLe Point où j'en suis, Lulu (1965)Le Troisième Belvédère (1971)Le Troisième Belvédère (1971), La Mort mithridatiséeLe lis de merLe lis de mer (1956)Le passage PommerayeMascarets, le MarronnierOeuvres complètes de J. Paulhan, dans la PréfacePorte dévergondéeRuisseau des solitudes