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Anatole Bisk, dit Alain Bosquet

J'ai dépensé ma vie: il ne me reste plus un sou pour une mort décente.
Je me liquide. Il est un âge où par lucidité on devient entrepreneur en démolitions.
Pourquoi n'irais-je pas lundi à mes obsèques? Les fleurs seront mignonnes. Une actrice lira un de mes poèmes. Je dirai aux amis que je suis très heureux de les avoir quittés.
A soixante-dix ans, ce n'est pas mon regard dans la glace qui m'épie et proteste: c'est mon squelette.
Je veux qu'on me creuse trois tombes: une pour mon corps, une pour mon âme, une pour mes mots.
S'il me reste un peu de vie, au lieu de la vivre je préférerais l'écrire: je pourrais au moins la corriger.
L'amour excessif de Dieu implique la haine de l'homme.
Pendant plusieurs années, je me suis demandé comment on doit corriger notre démocratie. A présent, je me demande comment on doit la remplacer.
Pourquoi voulez-vous que Dieu soit mort? J'affirme qu'il n'est pas encore né.
J'écris pour me débarrasser de moi. J'écris pour mieux me connaître. Entre ces deux extrêmes, la vérité titube, de plus en plus ivre.
Je suis la somme des livres que j'ai lus. Ce n'est pas si simple: je suis aussi la somme des livres que j'ai refusé de lire.
Mes mots ne valent rien s'ils ne sont à la fois silex, velours, flamme et rosée.
La violence est l'une des grandes industries américaines.
Dieu, il faut l'adorer ou le haïr; sans cette alternative, tu ne seras qu'un estropié.
La vérité la plus tangible: le corps humain.
Je ne suis pas encore atteint de Dieu. Mes poèmes, qui ont plus de chance, ne peuvent se passer de lui.
Le dieu est rire - Je l'accepte s'il tue les autres dieux.
Pour être moi, j'écris: - C'est aux mots de comprendre.
Que suis-je pour moi-même? Un mot qui me corrige.
Le monde n'est réel que si je le dérange.
Qu'est-ce que Dieu? C'est un secret de l'homme.
Avant la chose, - Il y eut la révolte de la chose: - La jarre s'est brisée pour ne pas être jarre - Entre les mains malpropres.
Quand l'ébahissement cesse d'être naturel, il prend la forme de l'abscons et du saugrenu.
Nos vies sont inutiles, trouées, impalpables: notre seule volupté consiste à nous en improviser une autre.
Une vie: cinq pour cent de rage, deux pour cent de volupté, et tout le reste est brouillard.

Œuvres de Anatole Bisk, dit Alain Bosquet

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