Tu m'as giflé la fois où j'ai dit que mon grand frère n'était que mon demi-frère. Tu m'as repris : « Ton frère. Il n'y a pas de demi-frère, moi je n'ai pas de demi-gosses. »

À lire aussi de Édouard Louis

Je me souviens encore moins du lait encore tiède parce qu'il venait d'être extrait des pis de la vache et que ma mère allait le chercher à la ferme en face de chez nous que des soirs où la nourriture manquait et où ma mère disait cette phrase Ce soir on mange du lait, néologisme de la misère
J'appartenais au monde de ces enfants qui regardent la télévision le matin au réveil, jouent au football toute la journée dans les rues peu fréquentées, au milieu de la route, dans les pâtures qui s'étendent derrière leur maison ou en bas des blocs, qui regardent la télévision, encore, l'après-midi, le soir pendant des heures, la regardent entre six et huit heures par jour.
J'errais sans laisser transparaître l'errance
Il y a ceux à qui la jeunesse est donnée et ceux qui ne peuvent que s'acharner à la voler.
Et qu'est ce que le pouvoir si ce n'est cette machine à engendrer du mensonges, à forcer au mensonge ?
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L'alcool remplissait la fonction de l'oubli. C'était le monde qui était responsable, mais condamner le monde, le monde qui imposait une vie que les gens autour de nous n'avaient pas d'autres choix qu'essayer d'oublier – avec l'alcool, par l'alcool. C'était oublier ou mourir, ou oublier et mourir. Oublier ou mourir, ou oublier et mourir de l'acharnement à oublier.
C'était oublier ou mourir, ou oublier et mourir. Oublier ou mourir, ou oublier et mourir de l'acharnement à oublier.
Si l'on considère la politique comme le gouvernement de vivants par d'autres vivants, et l'existence des individus à l'intérieur d'une communauté qu'ils n'ont pas choisie, alors, la politique, c'est la distinction entre des populations à la vie soutenue, encouragée, protégée, et des populations exposées à la mort, à la persécution, au meurtre.
Chez ceux qui ont tout, je n'ai jamais vu de famille aller voir la mer pour fêter une décision politique, parce que pour eux la politique ne change presque rien. Je m'en suis rendu compte, quand je suis allé vivre à Paris, loin de toi: les dominants peuvent se plaindre d'un gouvernement de droite, mais un gouvernement ne leur cause jamais de problèmes de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer.
J'ai le sentiment que ton existence a été, malgré toi, et justement contre toi, une existence négative. Tu n'as pas eu d'argent, tu n'as pas pu étudier, tu n'as pas pu voyager, tu n'as pas pu réaliser tes rêves. Il n'y a dans le langage presque que des négations pour exprimer ta vie.