Souvent, nous parlions top ensemble, quitte à nous couper la parole, nos phrases se superposaient, elles s'entrechoquaient, une phrase s'introduisait dans l'autre par la fissure d'une respiration et la faisait imploser et la conversation changeait brutalement de direction.

À lire aussi de Édouard Louis

Lorsque mon père disait d'un de mes frères ou de mes cousins qu'il était un dur je percevais l'admiration dans sa voix.
C'était oublier ou mourir, ou oublier et mourir. Oublier ou mourir, ou oublier et mourir de l'acharnement à oublier.
Pour moi, qui ne parvenais pas à être des leurs, je devais tout rejeter de ce monde. La fumée était irrespirable à cause des coups, la faim était insupportable à cause de la haine de mon père. Il fallait fuir.
On s'adapte vite à la peur. On cohabite avec elle beaucoup plus facilement qu'on ne l'aurait prédit
De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.
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Dans la même œuvre

Je sentais que si une chose n'était pas dite au moment où elle devait l'être elle disparaissait, sans possibilité de retour, irréversiblement, la vérité s'éloignait, s'échappait
La haine n'a pas besoin d'individus particuliers pour exister mais uniquement de foyers pour se réincarner.
La honte est en fait la forme de mémoire la plus vive et la plus durable, une modalité supérieure de la mémoire, une mémoire qui s'inscrit au plus profond de la chair, à croire, que les plus vifs souvenirs d'une vie sont toujours ceux de la honte.
Je me rendais compte que les mensonges étaient la seule force qui m'appartenait vraiment, la seule arme à laquelle je pouvais faire confiance, sans condition. Ma guérison est venue de cette possibilité de nier la réalité.
Ma guérison est venue de cette possibilité de nier la réalité.