Œuvre

Vol de nuit (1931)

Le téléphoniste plantait ses fiches dans le standard et notait sur un livre épais les télégrammes.
Il est si fréquent dans notre métier de pilote, d'attendre longtemps des nouvelles.
Au risque d'emboutir, il atterrirait n'importe où. Et, pour éviter au moins les collines, il lâcha son unique fusée éclairante.
Si la vie humaine n'a pas de prix, nous agissons toujours comme si quelque chose dépassait, en valeur, la vie humaine.
Rivière craignait certains admirateurs. ils ne comprenaient pas le caractère sacré de l'aventure, et leurs exclamations en faussaient le sens, diminuaient l'homme.
La vie se contredit tant, on se débrouille comme on peut avec la vie...
Les échecs fortifient les forts. Malheureusement, contre les hommes on joue un jeu où comptent si peu le vrai sens des choses. L'on gagne ou l'on perd sur des apparences, on marque des points misérables. Et l'on se trouve ligoté par une apparente défaite.
Ce que vous poursuivez en vous-même meurt.
Aimer, aimer seulement, quelle impasse!
Ces hommes là sont heureux parce qu'ils aiment ce qu'ils font, et ils l'aiment parce que je suis dur.
Pour se faire aimer, il suffit de plaindre. Je ne plains guère ou je le cache.
Voyez-vous dans la vie, il n'y a pas de solutions. Il y a des forces en marche: il faut les créer, et les solutions les suivent.
Pour se faire aimer, dira-t-il, il suffit de plaindre. Je ne plains guère, ou je le cache...
Quand on lui réclamait des solutions parfaites, qui écarteraient tous les risques: «C'est l'expérience qui dégagera les lois, répondait-il, la connaissance des lois ne précède jamais l'expérience.»
On est riche aussi de ses misères.
Les hommes sont de pauvres choses, et on les crée aussi. Ou bien on les écarte lorsque le mal passe par eux.
Un avion, quelque part, était en péril dans ses profondeurs : on s'agitait, impuissant, sur le bord.
Le règlement, pensait Rivière, est semblable aux rites d'une religion qui semblent absurdes mais façonnent les hommes.
Chaque seconde emporte quelque chose