Œuvre
Terre des hommes (1938)
Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s'émeuvent. On isole la rose, on la favorise. Mais il n'est point de jardinier pour les hommes.
Un spectacle n'a point de sens, sinon à travers une culture, une civilisation, un métier.
Au coeur du danger, on conserve des soucis d'homme.
Lequel d'entre nous n'a point connu ces espérances de plus en plus fragiles, ce silence qui empire de minute en minute comme une maladie fatale?
La terre est à la fois déserte et riche.
La grandeur d'un métier est peut-être, avant tout, d'unir des hommes.
En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre.
On s'élargit par la découverte d'autres consciences. On se regarde avec un grand sourire. On est semblable à ce prisonnier délivré qui s'émerveille de l'immensité de la mer.
Nous sommes tous de jeunes barbares que nos jouets neufs émerveillent encore.
Dans un monde où la vie rejoint si bien la vie, où les fleurs dans le lit même du vent se mêlent aux fleurs, où le cygne connaît tous les cygnes, les hommes seuls bâtissent leur solitude.
On oublie que la vie, ici comme ailleurs, est un luxe, et qu'il n'est nulle part de terre bien profonde sous le pas des hommes.
Le sable est trompeur: on le croit ferme et l'on s'enlise.
Un autre miracle de l'avion est qu'il vous plonge directement au coeur du mystère.
Ce n'est pas la distance qui mesure l'éloignement.
Les biens de la terre glissent entre les doigts comme le sable fin des dunes.
Nous avons accepté la règle du jeu, le jeu nous forme à son image. Le Sahara, c'est en nous qu'il se montre. L'aborder, ce n'est point visiter l'oasis, c'est faire notre religion d'une fontaine.
Dans le désert, on est toujours libre... On sent l'écoulement du temps...
Il n'est de camarades que s'ils s'unissent dans la même cordée, vers le même sommet en quoi ils se retrouvent.
Si vous voulez convaincre l'homme et ses besoins, pour le connaître dans ce qu'il a d'essentiel, il ne faut pas opposer l'une à l'autre l'évidence de vos vérités.
Cet omnibus sentait le renfermé, l'administration poussiéreuse, le vieux bureau où la vie d'un homme s'enlise.
Celui qui meurt pour le progrès des connaissances ou la guérison des malades, celui-là sert la vie, en même temps qu'il meurt.
Quand un hasard éveille l'amour, tout s'ordonne dans l'homme selon cet amour, et l'amour lui apporte le sentiment de l'étendue.
L'intelligence ne vaut qu'au service de l'amour.
Et cependant l'apprentissage de l'amour tu ne le fais que dans les vacances de l'amour.
L'amour véritable commence là où tu n'attends plus rien en retour.