Œuvre

Réflexions et Maximes (1746)

Tout ce qui est injuste nous blesse, lorsqu'il ne nous profite pas directement.
La nécessité nous délivre de l'embarras du choix.
Il n'y a guère de gens plus aigres que ceux qui sont doux par intérêt.
Il arrive souvent qu'on nous estime à proportion que nous nous estimons nous-mêmes.
On n'est pas né pour la gloire lorsqu'on ne connaît pas le prix du temps.
La nature a donné aux grands hommes de faire, et laissé aux autres de juger.
Avant d'attaquer un abus, il faut savoir si on peut ruiner ses fondements.
Les abus inévitables sont des lois de la nature.
L'étonnement est une surprise longue et accablante; l'admiration, une surprise pleine de respect.
L'adversité fait beaucoup de coupables et d'imprudents.
L'âge peut-il donner le droit de gouverner la raison?
Les favoris de la fortune ou de la gloire, malheureux à nos yeux, ne nous détournent point de l'ambition.
Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu'à titre d'amis ils nous les doivent, et nous ne pensons pas du tout qu'ils ne nous doivent pas leur amitié.
Nous ne savons pas beaucoup de gré à nos amis d'estimer nos bonnes qualités, s'ils osent seulement s'apercevoir de nos défauts.
L'amour n'est pas si délicat que l'amour-propre.
Les faibles veulent parfois qu'on les croie méchants; mais les méchants veulent passer pour bons.
Aurions-nous cultivé les arts, sans les passions? Et la réflexion toute seule nous aurait-elle fait connaître nos ressources, nos besoins et notre industrie?
L'impie dit à Dieu: pourquoi as-tu fait des misérables?
La raison et l'extravagance, la vertu et le vice ont leurs heureux. Le contentement n'est pas la marque du mérite.
Ceux qui croient n'avoir plus besoin d'autrui deviennent intraitables.
L'avarice annonce le déclin de l'âge et la fuite précipitée des plaisirs.
L'avarice est la dernière et la plus absolue de nos passions.
La clémence vaut mieux que la justice.
Le commerce est l'école de la tromperie.
Il y a plus de mauvais conseils que de caprices.