Œuvre

Réflexions et Maximes (1746)

Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil de l'hiver.
L'espérance est le plus utile et le plus pernicieux des biens.
L'espérance fait plus de dupes que l'habileté.
L'estime s'use comme l'amour.
Les femmes ne peuvent comprendre qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard.
Les feux de l'aurore ne sont pas si doux que les premiers regards de la gloire.
Les grandes pensées viennent du coeur.
La guerre n'est pas si onéreuse que la servitude.
La haine des faibles n'est pas si dangereuse que leur amitié.
La haine n'est pas moins volage que l'amitié.
Il est difficile d'estimer quelqu'un comme il veut l'être.
Il est faux que l'égalité soit une loi de la nature. La nature n'a rien fait d'égal; la loi souveraine est la subordination et la dépendance.
Il n'y a peut-être point de vérité qui ne soit à quelque esprit faux matière d'erreur.
Il y a des semences de bonté et de justice dans le coeur de l'homme, si l'intérêt propre y domine.
Il y a plus de grandes fortunes que de grands talents.
L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition.
La modération des faibles est médiocrité.
La modération des grands hommes ne borne que leurs vices.
Ni l'ignorance n'est défaut d'esprit, ni le savoir n'est preuve de génie.
Nous n'avons ni la force ni les occasions d'exécuter tout le bien et tout le mal que nous projetons.
Nous n'avons pas assez d'amour-propre pour dédaigner le mépris d'autrui.
On dit peu de choses solides lorsqu'on cherche à en dire d'extraordinaires.
On méprise les grands desseins lorsqu'on ne se sent pas capable des grands succès.
On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort.
On ne s'amuse pas longtemps de l'esprit d'autrui.