Œuvre

Pensées, Sujets, Fragments (1910)

Les titres de Dieu sont écrits sur un brin d'herbe.
Les ruines sans les décombres sont tristes.
Les connaissances humaines sont un dépôt précieux qu'un siècle doit transmettre intact à un autre quand il ne les augmente pas.
Entre Socrate et Jésus-Christ, il n'y a que Jules César et Sylla.
En étudiant l'histoire, n'est-il pas démontré que la paix est un état contre nature ?
Est-ce un progrès que la vapeur ? L'homme a-t-il créé une force ?
La gloire est un pont jeté sur un abîme.
Il n'y a que le naturel qui ne se contrefasse pas.
La conversation est un jeu où il ne faut pas mettre un louis contre un écu.
Il faut toujours bien faire ce qu'on fait, même une folie.
Je crois que le bonheur est un sexagénaire.
La guillotine est une station sociale ; tant qu'on n'y va pas, on est honnête homme.
Sous la Révolution de juillet, on a fait des barricades et pas de barrières.
Les grands ouvrages étouffent les petits ennemis.
Ceux qui ont conté sont rares, bien conté, on les compte et ce sont des hommes de génie.
Les petites âmes se trompent toujours en appréciant les grandes.
La foule attire la foule; abyssus abyssum.
Ceux qui souffrent ne craignent pas la mort, ils savent qu'ils ne peuvent pas perdre au change.
Pour certaines âmes, la mort est préférable à un bonheur incomplet.
II n'y a rien de fantastique. Nous n'imaginons que ce qui est, sera ou a été.
II faut plus que de la force pour supporter certains moments de la vie.
Les grandes déterminations sont un désespoir.
Le dégoût, c'est voir juste. Après la possession, l'amour voit juste chez les hommes.
La femme a autant de raisons pour aimer un être faible que pour aimer un être fort.
L'art est d'exprimer beaucoup en disant peu.