Œuvre

Pensées et Maximes (1791)

Les premières passions sont si bien les plus fortes que plus on aime, moins on sait aimer.
Il ne faut être amoureux que de l'amitié.
Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui contre des heures délicieuses.
On prend de l'amour auprès d'une femme de vingt ans; une de trente en donne.
Ce n'est pas la jalousie que les femmes haïssent, c'est la manière dont les hommes sont jaloux.
L'amour exige des sacrifices; l'amitié s'en offense et les prévient.
On s'aime longtemps quand on a vécu longtemps ensemble sans s'aimer.
Deux vrais amis n'ont rien à se reprocher parce qu'ils ne peuvent jamais s'offenser.
L'avare est comme ces amants qu'un excès d'amour empêche de jouir.
L'amitié ne commence guère sans qu'on y pense. L'amour commence toujours sans réflexion.
Ceux qui n'aiment pas ont rarement de grands plaisirs; ceux qui aiment ont souvent de grandes peines.
Qui aime est bien plus heureux que qui est aimé.
On doit plaindre presque également un homme riche qui n'a qu'une bonne table, et un pauvre qui n'a que l'appétit.
Il n'y a de vraiment malheureux, que ceux qui envient le bonheur des autres.
Montesquieu disait à madame de Châtelet : Vous vous empêchez de dormir pour apprendre la philosophie il faudrait au contraire étudier la philosophie pour apprendre à dormir.
La modestie est une vertu qu'on ne trouve ordinairement que dans ceux qui ont de véritables sacrifices à lui faire.
On doit compatir au malheur de trois sortes de personnes d'un riche devenu pauvre, d'un homme d'honneur méprisé, et d'un sage moqué par un ignorant.
Le bonheur fuit devant ceux qui le cherchent, et court se réfugier dans les bras de celui qui l'attend.
Jamais une âme bien amoureuse n'est juste elle trouve son bonheur trop petit, et son malheur trop grand.