Œuvre

Pensées (1774-1824)

Le poète s'interroge le philosophe se regarde. Les poètes ont cent fois plus de bon sens que les philosophes. En cherchant le beau, ils rencontrent plus de vérités que les philosophes n'en trouvent en cherchant le vrai.
Le son du tambour dissipe les pensées c'est par cela même que cet instrument est iminemment militaire.
Une pensée n'est parfaite que lorsqu'elle est disponible, c'est-à-dire lorsqu'on peut la détacher et la placer à volonté.
Fénelon laisse plus souvent tomber sa pensée qu'il ne la termine. Rien en lui n'est assez moulé.
Nous vivons dans un siècle où les idées superflues surabondent, et qui n'a pas les idées nécessaires.
Les rochers sont l'excuse et l'ornement de la stérilité.
Il faut se piquer d'être raisonnable mais non pas d'avoir raison, de sincérité et non pas d'infaillibilité.
Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses.
La critique est un exercice méthodique du discernement.
Des âmes libres, bien plutôt que des hommes libres ! La liberté morale est la seule importante, la seule nécessaire et l'autre n'est bonne et utile qu'autant qu'elle favorise celle-là.
Quand tu donnes, donne avec joie et en souriant.
Il n'y a pas assez de sagesse ou assez de vertu dans ceux de nos jugements et de nos sentiments où il n'y a pas assez de patience.
Il ne faut jamais regretter le temps qui a été nécessaire pour bien faire.
Les esprits propres à gouverner, non-seulement les grands états, mais même leur propre maison, ne se rencontrent presque plus. Aucun temps ne les vit si rares.
Le son du tambour dissipe les pensées c'est par cela même que cet instrument est éminemment militaire.
Défiez-vous, dans les livres métaphysiques, des mots qui n'ont pas pu être introduits dans le monde, et ne sont propres qu'à former une langue à part.
Quand on a trop craint ce qui arrive, on finit pas éprouver quelque soulagement lorsque cela est arrivé.
Quand on écrit avec facilité, on croit toujours avoir plus de talent qu'on n'en a. Pour bien écrire, il faut une facilité naturelle et une difficulté acquise.
Il faut que les hommes soient les esclaves du devoir, ou les esclaves de la force.
Un bon approbateur est aussi nécessaire qu'un bon correcteur.
Même quand le poète parle d'objets qu'il veut rendre odieux, il faut que son style soit calme, que ses termes soient modérés, et qu'il épargne l'ennemi, conservant cette dignité qui vient de la paix d'une âme supérieure à toutes choses.
Il y a des livres plus utiles par l'idée qu'on s'en fait que par la connaissance qu'on en prend.
Il faut se faire un lointain, se créer une perspective, se choisir un point de vue, quand on veut juger d'un ouvrage, même d'un ouvrage d'esprit, d'un mot, d'un livre, d'un discours.
On peut convaincre les autres par ses propres raisons on ne les persuade que par les leurs.
Condorcet, il est vrai, ne dit que des choses communes mais il a l'air de ne les dire qu'après y avoir bien pensé, et c'est là ce qui le distingue.