Œuvre

Pensées (1670)

Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte.
Condition de l'homme : inconstance, ennui, inquiétude
On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a soi-même trouvées, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.
Plus on a de bras, plus on est fort. Etre brave c'est montrer sa force.
La grandeurs des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces gens de chair.
Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le coeur. C'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part essaie de le combattre.
Le sentiment de la fausseté des plaisirs présents et l'ignorance de la vanité des plaisirs absents cause l'inconstance.
Morale et langage sont des sciences particulières mais universelles.
Rien n'est si important à l'homme que son état rien ne lui est si redoutable que l'éternité.
Toute histoire qui n'est pas contemporaine est suspecte.
L'éloquence est une peinture de la pensée, et ainsi ceux qui après avoir peint ajoutent encore font un tableau au lieu d'un portrait.
Si c'est un aveuglement qui n'est pas naturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est un encore bien plus terrible de vivre mal en croyant Dieu. Tous les hommes presque sont dans l'un ou l'autre de ces deux aveuglements.
Deux erreurs. 1. Prendre tout littéralement. 2. Prendre tout spirituellement.
Je blâme également et ceux qui prennent parti de louer l'homme, et ceux qui le prennent de le blâmer, et ceux qui le prennent de se divertir et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant.
Je n'ai jamais jugé d'une chose exactement de même, je ne puis juger d'un ouvrage en le faisant. Il faut que je fasse comme les peintres et que je m'en éloigne, mais non pas trop. De combien donc ? Devinez...
Le roi est environné de gens qui ne pensent qu'à divertir le roi et à l'empêcher de penser à lui. Car il est malheureux tout roi qu'il est s'il y pense.
Ainsi s'écoule toute la vie on cherche le repos en combattant quelques obstacles et si on les a surmontés le repos devient insupportable par l'ennui qu'il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte.
J'aurais bien plus peur de me tromper et de trouver que la religion chrétienne soit vraie que non pas de me tromper en la croyant vraie.
La concupiscence nous est devenue naturelle et a fait notre seconde nature. Ainsi il y a deux natures en nous : l'une bonne, l'autre mauvaise. Où est Dieu ? Où vous n'êtes pas.
La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu'on ne peut avoir que par une autre.
La raison a beau crier elle ne peut mettre le prix aux choses.
La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c'est pourtant la plus grande de nos misères.
Vous auriez bientôt la foi si vous auriez quitté les plaisirs.
Notre imagination nous grossit si fort le temps présent à force d'y faire des réflexions continuelles, et amoindrit tellement l'éternité, manque d'y faire réflexion, que nous faisons de l'éternité un néant, et du néant une éternité.
Que l'âme soit mortelle ou immortelle, il est indubitable que cela doit mettre une différence entière dans la morale.