Œuvre

Les Pensées de Francis Blanche (2012)

La caravane passe... les aigris restent.
La guerre n'existerait pas, sans la littérature. Et il n'y aurait plus de crime possible, si le meurtrier ne pouvait pleurer un peu sur ses victimes.
La guerre, c'est moche et ça ne sert à rien. Mais, dit-on, il faut bien se défendre. Et l'on ne sait jamais qui a tiré le premier coup de feu.
La plus belle mort, c'est d'être tué à 80 ans d'un coup de revolver par un mari jaloux.
La télévision, c'est l'anti-spectacle. Remarquez: ça permet aux grincheux de se soulager.
La trahison est une moisissure verte et douce, comme le duvet: elle ronge en silence et par l'intérieur.
La véritable amitié, je crois, sait être lucide quand il faut, aveugle quand elle doit.
La vie n'est qu'un verbe. Encore convient-il de le conjuguer opportunément.
Le gruyère râpé tient dans ses fils toute l'harmonie universelle. Un monde sans gruyère serait un bien triste monde.
Le mot infarctus est le mot irrégulier de la langue française. On dit: «un infarctus, des obsèques».
Le Père Noël ne fait jamais de réveillon, dans sa maison. Car il rentre, au mois de mai, ce n'est plus la saison.
Le premier qui dit que j'ai mauvais caractère, c'est: ma main dans la figure.
Les après-guerre sont faites pour enterrer les morts et trouver quelques belles phrases.
Les dimanches ratés tournent en robe grise au rythme languissant des valses de l'ennui.
Les femmes qui nous aiment pour notre argent sont bien agréables: on sait au moins ce qu'il faut faire pour les garder.
Les mots?... C'est un maquis dans lequel on aime bien se mettre à l'abri.
Madame: n'achetez plus de tissus écossais. Ecossez-les vous-mêmes!...
Mesdames: si votre poitrine tombe... posez-la par terre.
Mieux vaut élever son esprit que des chats siamois.
Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade.
Mon souci principal: essayer d'oublier mes soucis secondaires.
Ne faites pas à autrui ce que vous pouvez faire le jour même.
Ne parlons pas d'argent: ça énerve les gens qui n'en n'ont pas.
On est toujours l'imbécile de quelqu'un. Ce sont mes imbéciles à moi, qui m'énervent.
On m'a demandé ce que je pense de la «nouvelle vague»: j'aime toutes les vagues. Ca remue!