Œuvre

Le monde de Sophie (1991)

On peut à loisir écrire des traités savants qui au bout du compte n'apportent aucun nouveau savoir réel.
Et ces impressions telles que la couleur, l'odeur, le goût ou le son, ne sont pas des qualités immanentes aux choses. Elles ne reflètent que l'effet produit sur nos sens.
La représentation du «moi» est en fait une longue chaîne d'impressions isolées que tu n'as pas vécues simultanément, «une collection de divers contenus de conscience qui se succèdent à toute vitesse et qui changent et bougent constamment», dit Hume.
De rien je ne peux dire: «ceci m'appartient», dit Bouddha, et rien ne me permet de dire: «ça, c'est moi»
- C'est possible, mais je pense que la pierre retombera systématiquement par terre si je la lâche. - - ... Réponds-moi, comment peux-tu être si sûre que la pierre tombera toujours par terre?
La question n'est pas de savoir si nous existons, mais ce que nous faisons et qui nous sommes.
Ces philosophes pensaient qu'il suffisait de répandre la raison et la connaissance pour que l'humanité progresse à grands pas.
La perception et la raison jouent, selon lui (Kant), toutes les deux un grand rôle, mais il trouvait que les rationalistes accordaient trop de pouvoir à la raison et que les empiristes se limitaient trop à leurs expériences sensibles.
L'habitude seule nous fait croire à un enchaînement logique des phénomènes dans la nature.
Tout comme nous devons pouvoir nous mettre à la place de quelqu'un d'autre pour mieux comprendre sa situation, nous devrions être capables de nous imaginer vivre dans d'autres cultures pour mieux les comprendre.
Nos conceptions, apparemment si «évidentes», ne résisteront guère elles aussi à l'épreuve du temps.
De même que l'individu naît au monde dans une certaine langue, il naît aussi dans un certain contexte historique. Et personne ne peut avoir une relation «libre» vis-à-vis de ce contexte.
Il faut donc faire la distinction entre le problème philosophique de l'existence de Dieu et l'attitude individuelle face à la même question.
Chaque homme se retrouve seul pour répondre à des questions de ce genre. Et seule la foi peut nous permettre d'approcher ces problèmes fondamentaux.
Impossible de savoir non plus si quelqu'un d'autre t'aime. Tu peux tout au plus le croire ou l'espérer.
Mais tu conviendras que c'est autrement plus important pour toi que de savoir que la somme des angles d'un triangle est égale à cent quatre-vingts degrés.
Lire ce que d'autres hommes ont pensé peut nous aider à former notre propre jugement sur la vie.
L'homme de devoir finira par se lasser d'être si conscient de son devoir et de ne jamais faillir à la règle de vie qu'il s'est fixée.
Nous sommes ces acteurs qu'on a poussés sur scène sans qu'on leur ait distribué de rôle bien défini, sans manuscrit en main et sans souffleur pour nous murmurer ce que nous avons à faire.
Ce serait trop commode s'il suffisait d'ouvrir la Bible ou un quelconque ouvrage de philosophie pour savoir comment nous devons vivre.
Nous n'avons demandé à personne de nous créer en tant qu'individus libres. ... nous sommes des individus libres et notre liberté fait en sorte que nous sommes toute notre vie condamnés à faire des choix.
Notre propre existence conditionne donc notre façon de percevoir ce qui nous entoure.
N'est-ce pas en se posant ce genre de questions que nous sentons que nous sommes en vie?
- Bah! Personne ne peut nous entendre. - - Ma chère Sophie, après tous les cours de philosophie que je t'ai donnés, ces conclusions hâtives me déçoivent de ta part.
Mais celui qui gagne le gros lot de la vie gagne du même coup le lot de la mort.