Œuvre

Jade et les sacrés mystères de la vie (1991)

Je sais pas si vous avez remarqué : ce qui sépare les gens, ce sont les mots. Même les p'tits mots de rien du tout, ça peut produire les pire maux. Il y a les mots blessants, et puis aussi des mots qui tuent.
L'amour peut commencer sur un signe et finir par un mot, un mot de trop. Peut-être bien qu'on habille la réalité avec des mots parce qu'on a peur de la voir toute nue. Peut-être bien aussi qu'il vaudrait mieux se taire plus souvent. Apprendre à contempler. Rien dire. Rester dans le silence.
Il y a toute une gamme de silences : des graves, des aigus, des intenses. Il y a le silence qui cache l'absence et le vide; il y a le silence parce qu'on n'ose pas; il y a le silence parce qu'on ne veut rien dire, ou qu'on s'en fiche; il y a le silence parce qu'on ferme les yeux et qu'on ne veut pas s'occuper de ce qui vous regarde pas : tout ça c'est pas des beaux silences.
Je parle des silences à étoiles, des silences à deux, avec des signes et des messages et des sculptures de connivence, un silence moelleux et rond comme de la tendresse, et grisant comme de l'amour. Un silence dense, la danse d'un silence...
On reconnaît l'amour véritable à ce que le silence de l'autre n'est plus un vide à remplir, mais une complicité à respecter