Œuvre

Comment je vois le monde (1934)

Ma condition humaine me fascine. Je sais mon existence limitée, et j'ignore pourquoi je suis sur cette terre, mais parfois je le pressens.
Nous, mortels, nous sommes immortels dans cette chose que nous créons en commun, contribuant à des oeuvres impérissables.
Le succès dans des affaires de cette envergure n'est pas une question de perspicacité ni même de finesse, mais une question d'honorabilité et de confiance. Le côté moral ne peut pas être remplacé par l'intelligence; j'ai envie de dire, Dieu merci!
Celui qui ressent sa propre vie et celles des autres comme dénuées de sens est fondamentalement malheureux, puisqu'il n'a aucune raison de vivre.
La violence fascine les êtres moralement plus faibles. Un tyran l'emporte pas son génie mais son successeur sera toujours une franche canaille.
L'humanité se passionne pour des buts dérisoires. Ils s'appellent la richesse, la gloire, le luxe. Déjà jeune je les méprisais.
La raison humaine, je le crois très intimement, paraît obligé d'élaborer d'abord et spontanément des forme et ensuite elle s'exerce à en démontrer l'existence dans la nature.
La science et la justice passent, pour une grande partie de l'humanité, au-dessus de la fortune et de la puissance.
La condition des hommes s'avérerait pitoyable s'ils devaient être domptés par la peur d'un châtiment ou par l'espoir d'une récompense après la mort.
Vous n'y pouvez rien, messieurs, la Science est et demeure internationale.
Ma vie extérieure et intérieure dépend du travail de mes contemporains et de celui de mes ancêtres et je dois m'efforcer de leur fournir la même proportion de ce que j'ai reçu et que je reçois encore.
Je ne crois point, au sens philosophique du terme, à la liberté de l'homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d'après une nécessité intérieure.
Je méprise profondément celui qui peut, avec plaisir, marcher, en rang et formation, derrière une musique : ce ne peut être que par erreur qu'il a reçu un cerveau ; une moelle épinière lui suffirait amplement.
La vraie valeur d'un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du Moi.
Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.
Peu d'êtres sont capables d'exprimer posément une opinion différente des préjugés de leur milieu. La plupart des êtres sont même incapables d'arriver à formuler de telles opinions.
Toutes les richesses du monde, fussent-elles entre les mains d'un homme totalement acquis à l'idée de progrès, ne permettront jamais le moindre développement moral de l'humanité.
Les idéaux qui ont guidé ma route et m'ont donné le courage d'affronter la vie jours après jours avec gaieté, ont été la gentillesse, la beauté et la vérité.