Œuvre

Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages (2008)

Habitants des bords de l'Aral: orphelins de leur mer.
L'herbe morte: seul cadavre qui sent bon.
J'ai connu une route coquette qui ne se parfumait qu'au crottin.
Quand la mer est de nuages, les montagnes sont des îles.
Un filet de fumée fuit l'enfer domestique par le toit.
Un arbre seul au milieu d'un champ: monument commémoratif d'une forêt disparue.
Mousson indienne: le ciel fait une descente.
Au Tyrol, les prés sont peignés de près et les fleurs à la boutonnière des champs.
Un arbre seul: compas dans l'oeil d'un champ.
La lune blesse la mer d'une plaie vif-argent.
Si les glaciers reculent, la montagne finira par se rendre.
«A bas la calotte!» crient les forces du réchauffement.
Beauce: le paysan est le barbier de la rase campagne.
Ce capricorne, mort d'un cancer sur le tropique.
L'équateur est la ceinture d'un ventre qui ne grossit jamais.
L'orage, pétard mouillé.
L'épouvantail: homme de paille du paysan.
Se sentant observée, une étoile fila.
Volcan: après une nuit d'enfer, la lave se sent la langue pâteuse.
Ronciers: la barbe pousse aux vieux chemins.
Le vertige est le parapet des suicidaires.
Le soir, l'âme s'élève, l'ombre s'allonge, le monde s'agrandit.
Les flammes se tordent de douleur au-dessus de leur lit de braise.
Crachin: avarice des nuages britanniques.
Si les asticots nous regardaient vivre, ils seraient écoeurés.