Quelque chose de la pâleur des livres, peut-être, avait coulé dans la chair de Jeanne, qui parlait d'ailleurs et d'autrement.

À lire aussi de Marie-Hélène Lafon

La capacité de recommencement des femmes, et des hommes parfois, me terrasse, et m'émeut. C'est là, c'est donné, il suffit de regarder et d'écouter. Les femmes surtout, certaines, comme elles sont vaillantes, comme elles veulent y croire, et paient de leur personne, de tout leur corps qui fabrique les enfants, et les nourrit ; et elles se penchent, vêtent, nouent les écharpes, ajustent les manteaux, consolent vérifient admonestent caressent, ça ne finit pas. Comme elles sont dévorées et y consentent ou n'y consentent pas ou n'y consentent plus mais peuvent encore, font encore, parce qu'il le faut et que quelque chose en elles résiste, continue. C'est chaque jour et au bout des jours ça fait une vie.
Il y a de la douceur dans les routines qui font passer le temps, les douleurs, et la vie ; les gestes du matin, par exemple, les premiers au sortir du lit
Claire était restée là un long moment, à l'exacte croisée des temps, des lieux et de ses mondes soudain embrassés.
Elle habitait le fortin de sa peur en sentinelle gaillarde et sommaire.
Il n'y avait pas de paradis, on avait réchappé des enfances ; en elle, dans son sang et sous sa peau, étaient infusées des impressions fortes qui faisaient paysage et composaient le monde, on avait ça en soi, et il fallait élargir sa vie, la gagner et l'élargir, par le seul et muet truchement des livres.
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