Des faits nouveaux rassemblés dans le cadre d'une nouvelle théorie sont rarement le prélude à une réelle évolution de la pensée. Les faits ne « parlent pas d'eux-même » ; ils sont interprétés à la lumière de la théorie. La pensée créatrice, dans les sciences autant que dans les arts, est le moteur du changement. La science est une activité essentiellement humaine, non l'accumulation mécanique, automatique d'information objectives qui conduirait, grâce aux lois de la logique, à des conclusions inévitables.
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Pour les spécialistes, l'évolution est une adaptation aux conditions changeantes de l'environnement et non pas un progrès.
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Il est certain que la science n'est pas exempte de tout reproche. Nous avons persécuté les dissidents, instauré un catéchisme et essayé d'exercer notre autorité dans le domaine de la morale, où elle ne peut se justifier. Pourtant, sans la science et le rationalisme, maintenus dans leur domaine, jamais les problèmes qui se posent à nous ne pourront être résolus. Mais les Yahoos n'abandonnent jamais.
Cherchez avec ce qu'il faut de conviction préétablie et vous trouverez.
Je suis, de toute façon, moins intéressé par la taille et les circonvolutions du cerveau d'Einstein que par la quasi-certitude que des individus d'un talent égal ont vécu et sont morts dans les champs de coton et dans les mines.
Certaines vérités exigent parfois qu'on reste dans le droit chemin, mais les voies de la connaissance scientifique sont aussi tortueuses et complexes que l'esprit humain
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L'histoire de la vie ressemble à un gigantesque élagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lignées, lesquelles peuvent ensuite subir une différenciation; mais elle ne ressemble pas à cette montée régulière de l'existence, de la complexité et de la diversité, comme on le raconte traditionnellement
L'évolution de la vie à la surface de la planète est conforme au modèle du buisson touffu doté d'innombrables branches et continuellement élagué par le sinistre sécateur de l'extinction. Elle ne peut du tout être représentée par l'échelle d'une inévitable progrès.
Des perspectives bien plus intéressantes peuvent s'ouvrir dés lors que nous choisissons une position située en dehors de la ligne de la dichotomie. (...) Chaque fois que l'on déroule le film de la vie, l'évolution prend une voie différente de celle que nous connaissons. (...). Mais la diversité des itinéraires possibles montre à l'évidence que les résultats finaux ne peuvent être prédit au départ. (...) Cette troisième alternative ne représente ni plus, ni moins que l'essence de l'histoire. Elle a pour nom contingence - et la contingence est une chose en soi, et non la combinaison du déterminisme et du hasard.
La science a été longue à prendre en compte des explications de type historique - et les interprétations formulées jusqu'ici ont souffert de cette omission. Elle a aussi tendu à dénigrer l'histoire lorsqu'elle y a été confrontée, considérant toute invocation de la contingence comme moins élégantes basées directement sur des "lois de la nature" intemporelles.