On peut naître à neuf ans, j'en suis la preuve. On peut naître dans l'humiliation et par l'humiliation, dans le sentiment d'une intimité profanée et d'une innocence bafouée.

À lire aussi de Emmanuelle Bayamack-Tam

Je sais par expérience que quand les gens ont ce regard dans le vague et cet air préoccupé, ils se fichent pas mal de ce que vous pouvez leur dire ou leur répondre. Ils ont juste envie de parler d'eux-mêmes, de dérouler leur petit soliloque autocentré, et peu importe qu'on les écoute ou pas, on est là pour leur renvoyer ce qu'ils ont envie d'entendre, en un simulacre de conversation comme il s'en tient des millions chaque jour.
Non seulement les miroirs contribuent à vos souffrances psychiques, mais je ne vois pas ce que vous cherchez à y apprendre ou à y vérifier ! Ne serait-ce que parce qu'ils ont leur propre réalité géométrique ! Essayez un peu de lever la main gauche devant votre miroir, vous verrez si votre reflet ne lève pas la droite !
Des filles dans mon genre (…)-comme ils ont du mal avec mon corps, mes cuisses cyclopéennes, mes fesses hottentotes, mes triceps d'hercule de foire, mon ventre junonien, et mes seins surtout, étrave qui fend le flot des passants et m'attire tantôt des quolibets sans équivoque tantôt des exclamations ou des coups de sifflet plus difficiles a interpréter et dans lesquels il entre probablement autant d'admiration que de stupeur horrifiées
Hardi mon lecteur, toi qui as emprunté avec moi les chemins sinueux par lesquels l'esprit vient aux filles, toi qui as suivi l'âpre récit de mes commencements, ta patience va être récompensée.
Car à quoi bon prêcher l'altruisme à tous crins, le désir ardent, à la grande mansuétude, la bonté, le pardon, si c'est pour renâcler au premier obstacle, au premier demandeur d'asile, au premier migrant noir et désargenté ?
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Hardi mon lecteur, toi qui as emprunté avec moi les chemins sinueux par lesquels l'esprit vient aux filles, toi qui as suivi l'âpre récit de mes commencements, ta patience va être récompensée.
En fait, rien ne s'arrange jamais car ce qui est abîmé l'est une fois pour toutes. La résilience, c'est un conte inventé pour les gogos : ça permet à tout le monde de vivoter tranquillement, les victimes comme les tortionnaires - les uns survivant dans l'espoir inepte d'une amélioration, les autres disposant d'un alibi pour torturer ad libitum.
T'en fais pas, Lolo, ça va aller, ça va aller, mon petit lapin. Tout finit toujours par s'arranger. En fait, rien ne s'arrange jamais car ce qui est abîmé l'est une fois pour toute. La résilience, c'est un conte inventé pour les gogos : ça permet à tout le monde de vivoter tranquillement, les victimes comme les tortionnaire
Les adultes admirables, ça se compte sur les doigts de la main et c'est bien le problème.
C'est juste que la vie est trop dure pour moi qui suis trop doux.