Nos deux corps se parlaient en braille, les yeux au bout des doigts, nous savions lire dans toutes les langues.

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Si je change un jour, tu t'ennuieras, c'est toi qui le dis. Si toi tu changes, tu me manqueras, tu es mon radeau, ma bouée, ma rive et je te remercie d'être toujours là.
La passion amoureuse tire sa force fulgurante de l'énergie créatrice qu'elle nous insuffle.
Comment s'appelle-t-il déjà ? Les gens qui la consultent, elle retient leur nom, leur prénom, leurs parents, leurs enfants, leur grand-père, leur grand-mère, leur maîtresse, leur amant, au pluriel si ça se trouve, elle sait tout d'eux par coeur, même le nom de leur chien, une heure lui suffit, c'est engrangé, classé, gravé une fois pour toutes dans sa mémoire. Mais là, comme elle la sollicite, les indices battent en retraite. Elle aura l'air d'un sphinx s'il lui adresse la parole.
Entre l'extase de s'abandonner corps et âme et la douleur de peut-être en souffrir si l'autre nous abandonnait, entre ces deux pôles de la passion, l'abandon de soi et l'abandon de l'autre, ressurgit sans arrêt la conviction que sa propre vie vaut la peine d'être vécue.
Son désir crachote, un serin dans un aquarium, un bourdon qui trifouille une digitale.
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