Mademoiselle, dit Labal avec calme, permettez-moi de vous dire que vous raisonnez comme un manche, n Queneau Raymond

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Mademoiselle, dit Labal avec calme, permettez-moi de vous dire que vous raisonnez comme un manche, ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez et utilisez de travers votre matière grise.
Les Fleurs bleues (1965)
Citations de Raymond Queneau
Raymond Queneau

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  1. dicocitations

    La Demoiselle

    Sur la bruyère arrosée
    De rosée,
    Sur le buisson d'églantier,
    Sur les ombreuses futaies,
    Sur les baies
    Croissant au bord du sentier;

    Sur la modeste et petite
    Marguerite,
    Qui penche son front rêvant;
    Sur le seigle, verte houle
    Qui déroule
    Le caprice ailé du vent;

    Sur les prés, sur la colline
    Qui s'incline
    Vers le champ bariolé
    De pittoresques guirlandes;
    Sur les landes,
    Sur le grand orme isolé,

    La demoiselle se berce,
    Et, s'il perce
    Dans la brume, au bord du ciel,
    Un rayon d'or qui scintille,
    Elle brille
    Comme un regard d'Ariel.

    Traversant près des charmilles
    Les familles
    Des bourdonnants moucherons,
    Elle se mêle à leur ronde
    Vagabonde,
    Et comme eux décrit des ronds.

    Bientôt elle vole et joue
    Sur la roue
    Du jet d'eau qui, s'élançant
    Dans les airs, retombe, roule
    Et s'écoule
    En un ruisseau bruissant.

    Plus rapide que la brise,
    Elle frise,
    Dans son vol capricieux,
    L'eau transparente où se mire
    Et s'admire
    Le saule au front soucieux;

    Où, s'entr'ouvrant blancs et jaunes,
    Près des aunes,
    Les doux nénuphars en fleurs,
    Au gré du flot qui gazouille
    Et les mouille,
    Etalent leurs deux couleurs;

    Où se baigne le nuage,
    Où voyage ,
    Le ciel d'été souriant;
    Où le soleil plonge, tremble,
    Et ressemble
    Au beau soleil d'Orient.

    Et quand la grise hirondelle
    Auprès d'elle
    Passe et ride à plis d'azur,
    Dans sa course circulaire
    L'onde claire,
    Elle s'enfuit d'un vol sûr.

    Bois qui chantent, fraîches plaines
    D'odeurs pleines,
    Lacs de moire, coteaux bleus,
    Ciel où le nuage passe,
    Large espace,
    Monts aux rochers anguleux,

    Voilà l'immense domaine
    Où promène
    Ses caprices, fleur des airs,
    La demoiselle nacrée,
    Diaprée
    De reflets roses et verts.

    Dans son étroite famille
    Quelle fille
    N'a pas vingt fois souhaité,
    Rêveuse, d'être comme elle,
    Demoiselle,
    Demoiselle en liberté?

    Théophile GAUTIER, Poésies diverses

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