Les morts sont des enfants qui nous viennent à mesure que nous vieillissons.

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Le démiurge n'est pas le Dieu créateur. Il ne sait même pas qu'il construit un monde, il fait une oeuvre d'homme, pierre après pierre, et bientôt, sa création lui échappe et le dépasse et s'il ne la détruit pas, c'est elle qui le détruit.
Sa certitude d'être provisoirement reclus dans un monde étranger qui n'existait qu'entre parenthèses ne l'aida pas à ce faire des amis.
Aucune photo, aucun article n'a jamais jusqu'ici provoqué aucun choc si ce n'est peut-être le choc inutile et éphémère de l'horreur et de la compassion Les gens ne veulent pas voir ça et s'ils le voient, ils préfèrent l'oublier.
Je connais bien l'art des noms mensongers qui est celui des boutiquiers et des politiciens
Comme témoignage des origines — comme témoignages de la fin, il y aurait donc cette photo, prise pendant l'été 1918, que Marcel Antonetti s'est obstiné à regarder en vain toute sa vie pour y déchiffrer l'énigme de l'absence. On y voit ses cinq frères et sœurs poser avec sa mère. Autour d'eux, tout est d'un blanc laiteux, on ne distingue ni sol ni murs, et ils semblent flotter comme des spectres dans la brume étrange qui va bientôt les engloutir et les effacer.
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Dans la même œuvre

Au nom d'un avenir aussi inconsistant que la brume, il se privait de présent, comme il arrive si souvent, il est vrai, avec les hommes.
Il faut vivre et se hâter d'oublier, il faut laisser la lumière estomper le contour des tombeaux.
Sa certitude d'être provisoirement reclus dans un monde étranger qui n'existait qu'entre parenthèses ne l'aida pas à ce faire des amis.
Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien.
Chaque monde est comme un homme, il forme un tout dans lequel il est impossible de puiser à sa guise, et c'est comme un tout qu'il faut le rejeter ou l'accepter, les feuilles et le fruit, la paille et le blé, la bassesse et le grâce