Que mon journal, tel un sismographe sensible, donne la courbe de mes hésitations cérébrales les plus insignifiantes. Il arrive que ce soit justement ces oscillations qui servent de signes précurseurs.
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Les hommes sont comme les romans : avant la dernière page, on ne sait jamais comment ils finiront. Autrement, cela ne vaudrait pas la peine de les lire.
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À lire aussi de Ievgueni Ivanovitch Zamiatine
Un des sages de l'antiquité, sans doute par hasard, a dit une parole intelligente : " L'Amour et la Faim mènent le monde. " Par conséquent, pour mener le monde, l'homme doit dominer ces deux souverains.
Le plus beau dans la vie, c'est le délire, et le plus beau des délires c'est d'être amoureux
la vérité est " quatre ", et le vrai chemin est " deux fois deux ". Ne serait-il pas absurde que ces deux chiffres heureusement et idéalement multipliés l'un par l'autre se missent à penser à je ne sais quelle liberté, c'est-à-dire à la faute ? C'est pour moi un axiome.
Trois numéros, en matière d'expérience, se virent privés de travail pendant un mois ; ils pouvaient aller où ils voulaient, faire ce qu'ils voulaient. Les malheureux errèrent autour de leur lieu de travail, qu'ils contemplaient avec des yeux affamés. Ils firent dans le vide, pendant des heures entières, les mouvements qui, à certaines heures étaient devenus un besoin pour leur organisme : ils scièrent et rabotèrent, ils frappèrent sur des clous invisibles avec des marteaux également invisibles. Enfin, le deuxième jour, n'y tenant plus ils se prirent par la main et, aux sons de la Marche, entrèrent dans le fleuve jusqu'à ce que l'eau mit fin à leurs tortures...
Dans la même œuvre
Est-ce absurde de vouloir souffrir ? Qui ne voit pas que les souffrances sont des quantités négatives diminuant la somme de ce que nous appelons le bonheur ?
Les enfants sont les seuls philosophes qui soient hardis. Et les philosophes hardis sont nécessairement des enfants. Il faut être comme des enfants, il faut toujours demander : Et après, quoi ?
Savoir de façon certaine, sans faute, est une foi.
Cette femme agissait sur moi aussi désagréablement qu'une quantité irrationnelle et irréductible dans une équation.
Que mon journal, tel un sismographe sensible, donne la courbe de mes hésitations cérébrales les plus insignifiantes. Il arrive que ce soit justement ces oscillations qui servent de signes précurseurs.