Je pense à cette chaîne, interrompue certes, de Païens, fidèles aux Dieux, parfois clandestins, toujours résistants, qui rythment l'histoire de notre culture.
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Le monde n'est pas plus désenchanté qu'il y a dix mille ans. Un coucher de soleil, la contemplation de la lune dans une clairière enneigée, un grand feu demeurent des expériences du sacré, de même que la lecture de Plotin ou des Védas, l'écoute d'une sonate ou d'un râga. C'est plutôt le regard de certains contemporains qui est épuisé, ce sont les instincts qui leur font défaut.
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Ayant lu dans Balzac que « la cravate est à la toilette ce que la truffe est à un dîner », je me mis à déguster ces truffes, sans complexe et avec d'autant plus de jubilation, que l'époque était au débraillé. Vulgaire et désenchanté, le monde contemporain m'était, je le savais depuis toujours, un exil : je choisis d'en contester les dogmes par l'affirmation de la singularité ; je décidai de résister consciemment à une mise au pas générale que ma qualité de déclassé me permettait d'analyser avec une lucidité que ne posséderont jamais les adaptés. De fils inconsolé et ténébreux, je me fis insulaire, donc souverain.
On ne se convertit pas au Paganisme: on y adhère, redevenant tout simplement celui que l'on avait toujours été.
Qu'importent, en fin de compte, les dommages matériels ? Et l'adversité même ! Comme le disait Sénèque, il faut refuser de laisser son âme s'engloutir dans la nuit et, même dans le malheur, qui arrive de toute manière, rester conscient « qu'il est plus humain de rire de la vie que d'en pleurer ». Étudiant, j'avais lu et même traduit Sénèque, mais de façon académique, sans m'interroger sur le sens profond de ses pensées ni sur leur usage pratique. Pourquoi porter un masque grimaçant, pourquoi souffrir du regard d'autrui ? Pourquoi vivre dans la crainte de l'opinion, pourquoi refuser de détonner ? Pourquoi en un mot comme en cent, s'avouer vaincu ?
Je suis un Païen de l'an 2000, à la fois post-chrétien et post-rationaliste. Ainsi je ne renie pas la Raison ni n'exalte l'irrationalité.
Dans la même œuvre
Je pense à cette chaîne, interrompue certes, de Païens, fidèles aux Dieux, parfois clandestins, toujours résistants, qui rythment l'histoire de notre culture.
Je suis un Païen de l'an 2000, à la fois post-chrétien et post-rationaliste. Ainsi je ne renie pas la Raison ni n'exalte l'irrationalité.
On ne se convertit pas au Paganisme: on y adhère, redevenant tout simplement celui que l'on avait toujours été.