Les profs sont là, debout sur l'estrade, sous les feux d'une rampe invisible, pour toute une vie, et nous ne faisons que passer. Ils sont les Bill Murray d'un Jour sans fin scolaire: ils nous séduisent toute une année, mais nous disparaissons en juillet et il leur faut tout recommencer, encore et encore. Pourtant, ils savent bien qu'en partant, nous les emportons avec nous, un peu.
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Le courage, la lâcheté, la peur, l'insouciance ne sont peut-être que des états quantiques finalement, des images floues qui dépendent des circonstances, des interprétations, du statut de l'observateur et qui changent tout le temps, à toute vitesse.
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À lire aussi de Nicolas Delesalle
Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J'allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l'ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J'allais me gaver d'heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.
Ces livres labourèrent la terre dure de mon esprit vide, mais rien n'était encore semé sur ces champs désolés balayés par le souffle de l'aventure.
Avec mes soeurs, j'ai grandi dans une sorte de cocon, décoré de soutiens-gorge, de tendresse et de chapelets de mots.
Par la force des choses, j'ai commencé à lire pour remplir mes obligations scolaires, au collège. Mais je prenais un soin fou à en lire le moins possible. Quand les professeurs ou mes parents me houspillaient, je déroulais un argumentaire tout à fait saugrenu, j'avais treize ans, mais que je jugeais original et auquel je croyais : « Je ne veux pas me laisser influencer par les écrivains, je veux découvrir le monde tout seul. »
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Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J'allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l'ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J'allais me gaver d'heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.
La solitude, c'est se raconter à soi-même des blagues et les trouver drôles.
Certaines personnes ont une étincelle étrange dans les yeux quand ils vous écoutent, ils me font penser à ces téléviseurs en mode veille dont le voyant rouge témoigne d'une vie intérieure intense. Avec le temps, j'ai appris à reconnaître dans cette lueur les signes de la bienveillance.
Elle n'a plus trente ans. Elle m'a confié que l'âge venant, le physique n'a plus autant d'importance dans les rencontres amoureuses. C'est la somme des expériences amassées qui compte et il n'est pas plus aisé de juxtaposer deux vies bien remplies que de faire coïncider deux corps jeunes. Elle a regardé la mer et elle a dit : « On a l'impression que ça ne va jamais s'arrêter, que c'est l'infini », et je ne savais plus si elle parlait de la solitude ou du voyage.
J'ai toujours préféré les regards des perdants, il se passe tellement plus de choses dans leurs yeux, des béances, du doute, le silence. La victoire rend con. La défaite ouvre des brèches fascinantes.