La violence ne produit pas que de la violence. J'ai répété cette phrase longtemps, que la violence est cause de la violence, je me suis trompé. La violence nous avait sauvés de la violence.

À lire aussi de Édouard Louis

J'errais sans laisser transparaître l'errance
Mon visage semblait ridé à cause des coups qui me vieillissaient. J'avais onze ans mais j'étais déjà plus vieux que ma mère.
Ton père il râle tout le temps, mais faut pas faire attention, c'est pas méchant. Il râle pour passer le temps, parce qu'il sait pas quoi faire d'autre.
J'appartenais au monde de ces enfants qui regardent la télévision le matin au réveil, jouent au football toute la journée dans les rues peu fréquentées, au milieu de la route, dans les pâtures qui s'étendent derrière leur maison ou en bas des blocs, qui regardent la télévision, encore, l'après-midi, le soir pendant des heures, la regardent entre six et huit heures par jour.
À force d'insistance, ma mère finissait toujours par céder. Mon père, lui, préférait crier, être sévère. Comme des rôles qu'ils se partageaient, tout à la fois imposés par des forces sociales qui les dépassaient et reproduits consciemment.
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Dans la même œuvre

L'alcool remplissait la fonction de l'oubli. C'était le monde qui était responsable, mais condamner le monde, le monde qui imposait une vie que les gens autour de nous n'avaient pas d'autres choix qu'essayer d'oublier – avec l'alcool, par l'alcool. C'était oublier ou mourir, ou oublier et mourir. Oublier ou mourir, ou oublier et mourir de l'acharnement à oublier.
C'était oublier ou mourir, ou oublier et mourir. Oublier ou mourir, ou oublier et mourir de l'acharnement à oublier.
Si l'on considère la politique comme le gouvernement de vivants par d'autres vivants, et l'existence des individus à l'intérieur d'une communauté qu'ils n'ont pas choisie, alors, la politique, c'est la distinction entre des populations à la vie soutenue, encouragée, protégée, et des populations exposées à la mort, à la persécution, au meurtre.
Chez ceux qui ont tout, je n'ai jamais vu de famille aller voir la mer pour fêter une décision politique, parce que pour eux la politique ne change presque rien. Je m'en suis rendu compte, quand je suis allé vivre à Paris, loin de toi: les dominants peuvent se plaindre d'un gouvernement de droite, mais un gouvernement ne leur cause jamais de problèmes de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer.
J'ai le sentiment que ton existence a été, malgré toi, et justement contre toi, une existence négative. Tu n'as pas eu d'argent, tu n'as pas pu étudier, tu n'as pas pu voyager, tu n'as pas pu réaliser tes rêves. Il n'y a dans le langage presque que des négations pour exprimer ta vie.