L'essentiel c'est la sève qui irrigue ton histoire. Celle qui doit te posséder et te parcourir comme un courant électrique. Celle qui doit te brûler les veines pour que tu ne puisses plus faire autrement que d'aller au bout de ton roman comme si ta vie en dépendait.
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Je pense que vouloir rencontrer un écrivain parce qu'on aime son livre, c'est comme vouloir rencontrer un canard parce qu'on aime le foie gras.
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Sagan avait trouvé la formule parfaite : « L'écrivain est un pauvre animal, enfermé dans une cage avec lui-même. » Lorsque tu écris, tu ne vis pas avec ta femme, tes enfants ou tes amis. Ou plutôt, tu fais semblant de vivre avec eux.
La vie est brève, l'art est long, l'expérience dangereuse, le jugement difficile.
Ils s'étaient fait confiance, ils s'étaient complétés, ils s'étaient aimés. Et maintenant ?
Il ne faut pas trop se protéger, sinon on ne ressent plus rien. Notre coeur devient de glace, on n'est plus qu'un mort vivant et la vie perd à jamais toute sa saveur.
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C'était en partie pour cela que j'aimais autant lire. Pas pour fuir la vie réelle au profit d'un univers imaginaire, mais pour revenir vers le monde transformé par mes lectures. Plus riche de mes voyages et de mes rencontres dans la fiction et désireux de les réinvestir dans le réel.
Jusqu'à présent, j'étais toujours parvenu à me persuader que ces échecs étaient l'antichambre de la réussite. Pour y croire, je m'accrochais à des exemples illustres. Stephen King répétait souvent que trente maisons d'édition avaient refusé Carrie. La moitié des éditeurs londoniens avaient trouvé le premier tome de Harry Potter « beaucoup trop long pour des enfants ». Avant d'être le roman de science-fiction le plus vendu au monde, Dune de Frank Herbert avait essuyé une vingtaine de rejets. Quant à Francis Scott Fitzgerald, il avait, paraît-il, tapissé les murs de son bureau avec les cent vingt-deux lettres de refus envoyées par les magazines à qui il avait proposé ses nouvelles.
Il est écrit quelque part, dans l'une des pages du livre du destin, que les roses trop belles vivent avec la hantise de se faner. Et cette crainte leur fait parfois commettre des actes irréparables.
L'essentiel c'est la sève qui irrigue ton histoire. Celle qui doit te posséder et te parcourir comme un courant électrique. Celle qui doit te brûler les veines pour que tu ne puisses plus faire autrement que d'aller au bout de ton roman comme si ta vie en dépendait.
À quoi bon servent les livres, s'ils ne ramènent pas vers la vie, s'ils ne parviennent pas à nous y faire boire avec plus d'avidité ?