Tous les dictateurs arabes le savent bien : en éduquant les hommes, on prend le risque qu'ils vous renversent. Et qu'ils défilent un jour, un stylo à la main.
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Je n'ai jamais été nationaliste ni religieuse. J'ai toujours fui les mouvements grégaires. Mais Paris est ma patrie depuis le jour où je m'y suis installée. C'est là que je suis devenue une femme libre, là que j'ai aimé, que j'ai été ivre, que j'ai connu la joie, que j'ai eu accès à l'art, à la musique, à la beauté. A Paris, j'ai appris la passion de vivre.
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Je trouve le métier de journaliste dur et chronophage. J'avais toujours l'impression de ne pas en faire assez, de ne pas être à la hauteur. Et puis… c'est un métier où l'on ne vieillit pas bien
C'est simple, ils courent tout le temps. Vous savez quelle est la phrase que les parents disent le plus souvent à leurs enfants ? “ Dépêche-toi !”
Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n'aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres.
La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir le décor de la scène. Elles soulèvent un divan, poussent d'une main une colonne en carton, un pan de mur. Louise s'agite en coulisses, discrète et puissante.
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C'est parce qu'elle peut tout dire que la littérature est un exercice si difficile. C'est parce qu'elle ne peut se contenter de pensées schématiques, de généralités, de clichés, qu'elle est importante et essentielle.
Tous les dictateurs arabes le savent bien : en éduquant les hommes, on prend le risque qu'ils vous renversent. Et qu'ils défilent un jour, un stylo à la main.
Parce qu'elle est un immense espace de liberté, où l'on peut tout dire, où l'on peut côtoyer le mal, raconter l'horreur, s'affranchir des règles de la morale et de la bienséance, la littérature est plus que jamais nécessaire. Elle ramène de la complexité et de l'ambiguïté dans un monde qui les rejette. Elle peut ausculter, sans fard et sans complaisance, ce que nos sociétés produisent de plus laid, de plus dangereux et de plus infâme. Elle demande du temps dans un monde où tout est rapide, où l'image et l'émotion l'emportent sur l'analyse. Mais pour jouer pleinement son rôle, elle doit être à la hauteur d'elle-même et de ces idéaux.
Aujourd'hui, plus que jamais, je mesure la beauté de ma ville. Cette ville, je ne l'échangerais contre aucun des paradis que les fous de Dieu promettent. Vos fontaines de lait et de miel ne valent pas la Seine. Paris pour qui je serai un soldat. Paris, qui est tout ce que vous haïssez. Un mélange sensuel et délicieux de langues, de peaux et de religions. Paris où l'on s'embrasse à pleine bouche sur les bancs, où l'on peut entendre au fond d'un café une famille se déchirer pour des opinions politiques et finir sa soirée en trinquant à l'amour.