Je m'applique à vivre la vie. Je ne la vis pas vraiment.

À lire aussi de Pauline Delabroy-Allard

Moi, ça m'écorche le coeur, les fleurs de magnolia dans les squares. Je les regarde, chaque soir, en rentrant du lycée, et chaque soir, leurs grands pétales pâles me piquent un peu les yeux.
Alors comme ça c'est possible, que du jour au lendemain, je veux dire, littéralement ,du jour au lendemain, entre deux personnes qui s'aiment depuis des années, il puisse ne plus y avoir de regard, ni de parole, ni de dialogue, ni de discours, ni de fâcherie, ni de complicité, ni de tendresse, ni d'amour.
C'est un printemps comme un autre, avec des averses impromptues, l'odeur du macadam mouillé,une sorte de légèreté dans l'air, un souffle de joie qui chantonne combien tout est fragile.
Son sommeil est comme un château de sable. Un mouvement et ça se casse la gueule. Un mouvement et ses yeux s'ouvrent grand. Un mouvement et il faut tout recommencer. Mon corps brûlant reste parfaitement immobile. Si ne pas renverser le château de sable de son sommeil signifie mourir de chaud alors je veux bien mourir de chaud.
Dehors, dans cette nuit grisâtre que je perçois par la fenêtre, les oiseaux chantent. On dirait qu'ils sont mille, gazouillant à qui mieux mieux, fendant l'air dans tous les sens, comme les plus habiles des pilotes. Cette nuit de chaleur écrasante, c'est leur 14 Juillet à eux, ils font de la voltige aérienne et ils s'en donnent à coeur joie, inventant des figures toujours plus périlleuses.
Toutes les citations de Pauline Delabroy-Allard →

Dans la même œuvre

C'est un printemps comme un autre, un printemps à rendre mélancolique n'importe qui. Il y a des magnolias en fleurs dans les squares parisiens, et j'ai dans l'idée que ça écorche le coeur de ceux qui les remarquent
Moi, ça m'écorche le coeur, les fleurs de magnolia dans les squares. Je les regarde, chaque soir, en rentrant du lycée, et chaque soir, leurs grands pétales pâles me piquent un peu les yeux.
C'est un printemps comme un autre, avec des averses impromptues, l'odeur du macadam mouillé,une sorte de légèreté dans l'air, un souffle de joie qui chantonne combien tout est fragile.
Alors comme ça c'est possible, que du jour au lendemain, je veux dire, littéralement ,du jour au lendemain, entre deux personnes qui s'aiment depuis des années, il puisse ne plus y avoir de regard, ni de parole, ni de dialogue, ni de discours, ni de fâcherie, ni de complicité, ni de tendresse, ni d'amour.
Un mot tourne de manière lancinante dans ma tête, le mot latence. Je me dis qu'il faudrait que j'en cherche la définition dans le dictionnaire. Je sais que je suis en train de vivre un moment de latence.