Il y a autant de lettres dans Femme que dans Amour! Forneret Xavier

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Il y a autant de lettres dans Femme que dans Amour!
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Xavier Forneret

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  1. dicocitations

    Les demoiselles Tourangeau – Par Champfleury 1864

    C'est avec une sorte de pudeur que mademoiselle Émelina m'a remis la clef de ses pensées. Elle s'était éloignée à quelques pas de moi, paraissant attendre non sans anxiété le jugement que j'allais porter sur ses confidences intimes.

    Plein de curiosité, j'ai ouvert l'album à un endroit où trois lignes seules s'étalaient au milieu d'une page blanche :

    «. L'Amour et l'Amitié qui s'accouplent sont comme deux chevaux attelés en sens inverse; il en naît un sentiment écartelé. »

    Mademoiselle Émelina me regardait. J'ai poussé un : Ah ! peu compromettant et je suis arrivé à la seconde pensée :

    « FEMME doit être le dernier mot d'un mourant et d'un livre, »

    Femme était écrit en gros caractères. La bizarre littérature que celle des Pensées! Au premier coup d'œil, ces Pensées paraissent avoir été pensées : en les relisant, on s'aperçoit qu'un certain assemblage de mois est la règle unique qui a présidé à une phrase creuse. Pourquoi femme doit-elle être le. dernier mot d'un livre? Il y a pi us d'un livre plein d'intérêt où la femme n'apparaît pas. Pourquoi encore femme doit-elle être le dernier mot d'un mourant? Les êtres vraiment malades pensent peu aux femmes : j'ai vu mourir quelques hommes dans les hôpitaux, aucun n'avait à la bouche le mot de femme.

    La troisième pensée m'échappe absolument : « Le Saule est l'Œil et l'Eau la Larme. » L'œil de qui? la larme de quoi? Il y a là-dessous quelque symbole auquel mademoiselle Émelina doit attacher un sens particulier, à voir les majuscules dont elle s'est plu à décorer ce Saule, cet Œil, cette Eau, celte Larme. J'ai donc passé à une autre pensée.

    II y a autant de lettres dans Femme que dans Amour.

    — C'est juste, me suis-je écrié en comptant machinalement les lettres sur mes doigts ; mais où mène celle belle découverte, qui produirait peut
    être quelque effet à la fin d'une comédie du Gymnase? En disséquant celte pensée et celles qui suivent, toutes sonnent creux, surtout une, touffue et si compliquée, que de la main j'ai un instant voilé mes yeux pour la méditer attentivement.

    Pas déplus grand vent que l'Amour; pas de feuille plus sèche que le Cœur. L'un souffle sans cesse sur l'autre qui vole toujours. »

    En feuilletant cet album où les mots Amour, Cœur, Soupir, Larme, Souffrir, Aimer, reviennent dix fois par page, je me suis tenu à quatre pour ne pas écrire une grosse facétie à la suite de ces fadeurs; mais mademoiselle Émelina m'étudiait, cherchant à surprendre les traces de mes impressions. Avec la froideur d'un greffier entrant dans le cachot d'un condamné pour lui lire son arrêt, je suis revenu vers elle. La pauvre fille semblait décontenancée, et j'ai eu pitié d'elle, malgré ses travers de penseuse. Je lui ai même adressé quelques vagues compliments, afin d'obtenir la permission d'emporter l'album.

    Si mademoiselle Emelina croit sérieusement à de pareilles billevesées, je tremble pour son avenir. Une femme qui se gargarise l'esprit avec le mot amour et le verbe aimer, est sur une pente dangereuse. A. Longpont, mademoiselle Émelina ne se soucie guère de la vie domestique ; elle pense tout le jour, hélas! à ce terrible amour qu'elle a analysé tellement sous toutes ses faces, qu'elle en est arrivée, ô la belle découverte! à reconnaître que cinq lettres président à sa formation.

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