Je ne vois pas un autre peuple dont le milieu géographique puisse, à l’égal du peuple d’Espagne, suffire presque uniquement à expliquer l’histoire. L’Espagne est une forteresse naturelle, carrée, massive, haute et nue, protégée d’un côté par une puissante courtine de montagnes et de ravins, des trois autres par la mer [...]. Défendue par l’été torride qui sèche les torrents, calcine la végétation d’autre part misérable, chauffe à blanc les déserts de pierre, soulève une lourde poussière qui brûle les yeux et les poumons. [...] Il n’est pas surprenant que l’homme aussi y soit extrême, dur, tanné dehors et dedans, tout de glace et de flamme, insensible à la souffrance d’autrui, à la sienne, indifférent à la maladie, la mort.
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Il ne semble point douteux que le vieux fonds celtique de la France ne constitue la source intérieure profonde, et paraissant inépuisable, de la mobilité de sentiments, de la légèreté d’esprit, de la vanité de conduite, qu’on reproche depuis tant de siècles – depuis le premier qui parla d’eux, Jules César – aux Français.
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À lire aussi de Elie Faure
La statue émerge du temple dans la mesure presque exacte où l'homme sort de la foule, et du même pas que lui.
Vivant depuis longtemps sous le règne de l'imitation, nous avons sans doute exigé d'être imités pour nous venger.
Une éternelle angoisse les habite, qui fait d’eux des étrangers chez tous les peuples de la terre dont ils bousculent les routines, dévastent les sentiers battus, disloquent les édifices moraux séculaires. [...] Mais je crois qu’après des centaines de siècles d’errance à travers les déserts, la fixation d’un peuple sur un territoire déterminé qu’il convient de cultiver et de mettre en valeur [...], a pu faire éclore en lui une puissance intellectuelle extraordinaire, et substituer soudain les voyages intérieurs aux courses extérieures inter-dites ou inutiles désormais.
Si la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre ou la Russie disparaissent en tant que nations, ce qui est possible, du moins auront-elles imprimé sur l’Histoire une empreinte par endroits définitive, et destinée à faire partie d’amalgames spirituels dont l’avenir nous révèlera la composition et la forme.
Dans la même œuvre
Oui, le peuple français est le peuple le plus intelligent de la terre. Voilà pourquoi, sans doute, il ne réfléchit pas.
La vanité et la crainte du ridicule sont les traits les plus saillants du caractère français. C'est étrange, à coup sûr, la vanité étant neuf fois sur dix la source du ridicule.
Il est bien évident que, devant les évènements, tous les êtres humains, qu’ils soient blancs ou jaunes, noirs ou olivâtres, qu’ils aient le crâne long ou court, qu’ils soient nés mâle ou femelle et devenus bouddhistes ou chrétiens ou musulmans, éprouvent des réactions sensiblement identiques [...]. L’homme est partout pareil en son tréfonds et ce qui fait qu’il nous paraît divers ici ou là et changé de telle à telle époque, c’est sans doute que nous le découvrons peu à peu. Mais nous sommes bien obligés de constater que les expressions qu’il nous donne de sa structure fondamentale diffèrent essentielle-ment, et qu’entre un masque nègre et une statue de l’époque classique grecque s’ouvre un abîme difficile à niveler.
Une éternelle angoisse les habite, qui fait d’eux des étrangers chez tous les peuples de la terre dont ils bousculent les routines, dévastent les sentiers battus, disloquent les édifices moraux séculaires. [...] Mais je crois qu’après des centaines de siècles d’errance à travers les déserts, la fixation d’un peuple sur un territoire déterminé qu’il convient de cultiver et de mettre en valeur [...], a pu faire éclore en lui une puissance intellectuelle extraordinaire, et substituer soudain les voyages intérieurs aux courses extérieures inter-dites ou inutiles désormais.
Je ne vois pas un autre peuple dont le milieu géographique puisse, à l’égal du peuple d’Espagne, suffire presque uniquement à expliquer l’histoire. L’Espagne est une forteresse naturelle, carrée, massive, haute et nue, protégée d’un côté par une puissante courtine de montagnes et de ravins, des trois autres par la mer [...]. Défendue par l’été torride qui sèche les torrents, calcine la végétation d’autre part misérable, chauffe à blanc les déserts de pierre, soulève une lourde poussière qui brûle les yeux et les poumons. [...] Il n’est pas surprenant que l’homme aussi y soit extrême, dur, tanné dehors et dedans, tout de glace et de flamme, insensible à la souffrance d’autrui, à la sienne, indifférent à la maladie, la mort.