Il semble que l'amour doive être sans nuage entre deux coeurs qui battent à l'unisson l'un de l'autre3
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Donner pour recevoir, ce n'est pas donner : c'est faire un commerce. Le véritable ami aime donc sans songer à Futilité de l'amitié : « J'aime, dit Montaigne, parce que c'est lui, parce que c'est moi; parce qu'il y a une force secrète qui lie mon coeur à son coeur. Qu'il soit riche et puissant, c'est plutôt pour mon amitié un obstacle qu'un aliment. Je suis prêt à me dévouer" pour mon ami, à donner pour lui ma vie, ma fortune, mes goûts, tout ce qui concourt à mon bonheur. Je lui donnerai, non pas une fois, mais toujours, tant que l'amitié subsistera. »
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À lire aussi de François-Jules Suisse, dit Jules Simon
Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple: s'il ne l'est aujourd'hui, il le sera demain.
L'amour a un lien étroit avec l'appétit du sexe ; mais on ne saurait cependant les confondre. L'un tient à ce que notre nature a de plus humble, et l'autre à ce qu'elle a de plus noble. Quoique l'amour commence le plus souvent par les yeux, il se nourrit de mille éléments étrangers à nos organes corporels; des grâces de l'esprit, des qualités du coeur, des services rendus, des grandes actions accomplies.
On dit quelquefois que l'amour ne peut durer, qu'il finit avec la jeunesse. Il serait mieux de dire qu'il se transforme. L'habitude détruit les enchantements et la poésie des premiers jours, mais elle crée à la place un lien plus grave et plus profond, qui s'accroît chaque jour de tout le bonheur qu'on a goûté et de tout le malheur qu'on a supporté ensemble. Le charme si puissant des souvenirs s'accroît dans cette double vie, où chacun hérite de tous les sentiments qu'il a partagés, et met en commun avec son ami son passé, son présent, son avenir.
On ne juge pas un ami, on le supporte tel qu'il est.
Dans la même œuvre
L'amitié ne cherche pas l'égalité, mais elle la produit. Elle met tout en commun entre les amis: la fortune, les qualités de l'esprit, les sentiments du coeur.
La véritable amitié ne comporte pas seulement l'estime, mais le respect; il faut que l'on sente, jusque dans les épanchements de l'intimité, la présence et la dignité de la vertu.
Il n'y a point d'accommodement avec la conscience. Il faut lui obéir, et être juste, ou lui désobéir, et être criminel.
Si je me trompe en me croyant libre, je me trompe avec l'universalité du genre‘ humain. Je cherche des sceptiques : je n'en trouve que parmi les philosophes, et les philosophes mêmes qui doutent de la liberté semblent effrayés de leur doute. Ils forment dans les écoles une minorité presque insensible. Depuis l'origine de la philosophie, les noms les plus illustres témoignent en faveur de la liberté. Tous les hommes naissent avec cette croyance, et tous, à l'exception de quelques sophistes, la conservent jusqu'à la mort. Le roi et le pâtre se sentent responsables, l'un de son royaume, l'autre de son troupeau; et le plus ignorant se croit justifié, s'il peut seulement dire à ses juges : « C'est ma main qui a tout fait, en dépit de ma volonté. »
Le roi et le pâtre se sentent responsables, l'un de son royaume, l'autre de son troupeau.