Après cela, ils cessèrent d'êtres logiques et frelatés pour êtres affectifs et frelatés. Comme ces ivrognes avec des haut-le-cœur à vide; ayant fait remonter et ayant expulsé un tas de vieux mots qui, de toute façon, n'avaient jamais été bien accrochés, ils s'appliquèrent à remplir l'atelier de vociférations futiles, cherchant à faire remonter leur propre tissu vivant, et des organes aussi, qui n'avaient de raison d'être qu'à la place où ils étaient.
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Ce que sont pour le libertin les cuisses ouvertes, ce qu'est un vol d'oiseaux migrateurs pour l'ornithologue, ce qu'est la tenaille pour l'ajusteur, voilà ce qu'était pour le jeune Stencil la lettre V. Il rêvait, une fois par semaine, peut-être bien, que tout cela n'avait été qu'un rêve, et qu'à présent il se réveillait pour découvrir que la poursuite de V. n'était après tout qu'une recherche purement intellectuelle, une aventure de l'esprit, selon la tradition du Rameau d'or ou de la Déesse blanche.
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À lire aussi de Thomas Pynchon
Les odeurs ont des formes ondulatoires périodiques, comme le son ou la lumière. Le nez humain reçoit au quotidien toutes les odeurs pêle-mêle, comme l'œil reçoit les fréquences de lumière incohérente.
Les perroquets de sa chemise commençaient maintenant à s'agiter et à battre des ailes, à glousser, voire à parler, encore que ça venait peut-être de la fumette.
Notre cauchemar actuel, la Bombe, s'y trouve déjà en germe. En 1959, ce n'était déjà pas drôle, cela l'est encore moins maintenant car le risque n'a fait que croître. Cela n'a jamais rien eu de subliminal. A part cette succession de fous criminels qui sont au pouvoir depuis 1945, et qui auraient pu y faire quelque chose, nous autres, pauvres moutons, nous avons vécu en proie à une peur élémentaire et universelle. Sans doute avons-nous tous essayé, à un degré quelconque, de vivre dans la lente escalade de l'impuissance et de la terreur, soit en essayant de penser à autre chose, soit en perdant carrément la tête. Parmi ces différentes manifestations d'impuissance, une solution se présentait : en faire de la fiction, le cas échéant, comme ici sur le fond d'un lieu et d'une époque plus pittoresques.
S'il existe une quelconque morale politique en ce bas monde, avait écrit Stencil, un jour, dans son journal, elle réside dans le fait que nous menons les affaires de ce siècle avec une vision des choses dédoublée et absolument intolérable. Droite et gauche; la serre chaude et la rue. La droite ne peut vivre et travailler qu'hermétiquement, dans la serre chaude du passé, cependant que la gauche, dehors, poursuit son programme dans les rues, en utilisant la violence populaire dirigée. Et elle ne peut vivre que dans le rêve de l'avenir.
Dans la même œuvre
Raoul écrivait des scénarios pour la télévision, respectant et vitupérant tout à la fois les tabous des bailleurs de fonds, comme il sied dans cette industrie.
Ce que sont pour le libertin les cuisses ouvertes, ce qu'est un vol d'oiseaux migrateurs pour l'ornithologue, ce qu'est la tenaille pour l'ajusteur, voilà ce qu'était pour le jeune Stencil la lettre V.
Il rêvait, une fois par semaine, peut-être bien, que tout cela n'avait été qu'un rêve, et qu'à présent il se réveillait pour découvrir que la poursuite de V. n'était après tout qu'une recherche purement intellectuelle, une aventure de l'esprit, selon la tradition du Rameau d'or ou de la Déesse blanche.
Aussi le tourisme est-il supranational, comme l'Église catholique, et représente-t-il la plus complète communion que l'on connaisse sur terre: car, que ses fidèles soient américains, allemands, italiens, ou de n'importe quelle origine, la tour Eiffel, les Pyramides et le Campanile provoquent chez eux une seule et même émotion, leur Bible est rédigée en langage clair et ne souffre pas d'interprétation personnelle; ils partagent les mêmes paysages, supportent les mêmes contrariétés, vivent selon le même et transparent horaire. Ils appartiennent à la rue.
Après cela, ils cessèrent d'êtres logiques et frelatés pour êtres affectifs et frelatés. Comme ces ivrognes avec des haut-le-cœur à vide; ayant fait remonter et ayant expulsé un tas de vieux mots qui, de toute façon, n'avaient jamais été bien accrochés, ils s'appliquèrent à remplir l'atelier de vociférations futiles, cherchant à faire remonter leur propre tissu vivant, et des organes aussi, qui n'avaient de raison d'être qu'à la place où ils étaient.