Je crois qu’il me poursuit, veut me renverser, vif désespoir, une lumière dans la nuit, son phare, métallique, comme un projecteur sur du fil barbelé, je veux me défendre, le repousser, les deux bras tendus, l’impact, l’Allemagne, un moment semblable à un combat à mains nues, cette lutte que je perds, du métal, l’Allemagne encore, qu’est-ce que je fais ici, pourquoi suis-je venue, suis-je seulement jamais partie ?
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Ce pays qui, il y a quatre-vingts ans, fut responsable des crimes les plus atroces du siècle, a aujourd’hui gagné les applaudissements du monde entier grâce à l’ouverture de ses frontières et la générosité avec laquelle il a pris et prend encore en charge le flot de réfugiés syriens et d’autres nationalités.
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La conscience de l'absurdité de l'ensemble, son aberration, le non-sens absolu de ces meurtres et de ces déportations que nous appelons la solution finale, l'holocauste, la catastrophe juive et depuis peu la shoah, toujours des appellations nouvelles, parce que les noms pour désigner tout cela se putréfient très vite dans la bouche.
Auschwitz n’a jamais été un établissement d’éducation d’aucune sorte, et surtout pas d’éducation à l’humanité et à la tolérance.
Nazis et non-nazis ne se distinguaient pas aussi facilement que les torchons et les serviettes. Les convictions étaient flottantes, les humeurs changeants, les sympathisants d'aujourd'hui pouvaient être les adversaires du lendemain, et inversement.
Ce n’est pas à nous, survivants, d’être responsables du pardon.