Un bal, ça ne te rend pas fière, non, de penser que tes parents donnent un bal ?
❧
C'était la seconde, l'éclair insaisissable où sur le chemin d'une vie elles se croisaient, et l'une allait monter, et l'autre s'enfoncer dans l'ombre. Mais elles ne le savaient pas. Cependant Antoinette répéta doucement : Ma pauvre maman.
◆
À lire aussi de Irène Némirovsky
Le soleil montait tout rouge encore dans un firmament sans nuages. Un coup de canon fut tiré, si proche de Paris à présent que les oiseaux s'envolèrent du haut de chaque monument. Tout en haut planaient de grands oiseaux noirs, invisibles le reste du temps, étendaient sous le soleil leurs ailes glacées de rose, puis venaient les beaux pigeons gras et roucoulants et les hirondelles, les moineaux sautillaient tranquillement dans les rues désertes. Au bord de la Seine, chaque peuplier portait une grappe de petits oiseaux bruns qui chantaient de toutes leurs forces. Au fond des caves, on entendit enfin un appel très lointain, amorti par la distance, sorte de fanfare à trois tons. L'alerte était finie.
Le pouvoir, l'illusion de peser sur les destinées humaines, intoxique comme la fumée, comme le vin.
A quoi bon s'attacher à ce que l'on doit perdre?
Vous-imaginez-vous à quelle intensité de souffrance aveugle peut atteindre un petit enfant innocent chargé dès son plus jeune âge, du fardeau de la connaissance, car je crois que certains êtres naissent vieux, lucides et tristes.
Dans la même œuvre
Un bal, ça ne te rend pas fière, non, de penser que tes parents donnent un bal ?