Auteur

Roger Martin du Gard

L'Internationale, gueulée sans trêve, à pleine voix, déployait son chant puissamment martelé.
Regardez tout ce qu'une civilisation charrie derrière elle, le bon, le mauvais.
Amour chaste, amour mystique, où leurs deux jeunesses fusionnaient dans le même élan vers l'avenir.
«Allons...» soupira-t-elle, comme si le choix de ce restaurant à quarante-cinq kilomètres de Paris n'était qu'une concession de plus aux caprices d'un despote.
Pensait-on que la mort de son père pouvait l'atteindre dans cette vie toute neuve qu'il s'était faite, le débucher de son refuge.
Il semblait ne pas vouloir condescendre à discuter, avec des profanes, de choses qui lui tenaient à coeur.
Que seulement, sur un seul point des lignes, les troupes ennemies fraternisent, et la contagion gagnera aussitôt comme une traînée de poudre!
Il s'approcha de la fenêtre et se perdit dans la contemplation du mur de la courette.
Dans l'échancrure de la chemise, Antoine aperçut le cou décharné, la pomme d'Adam saillante entre deux cordons tendineux.
Regarde son cou, cette nuque énorme, engoncée dans les épaules: quand il tourne la tête, tout le reste vient avec.
Elle aimait les vêtements de coupe sobre, strictement pratiques.
Le regard était droit, flambant de crânerie, dans un visage plein de dignité.
Pendant ces quinze jours, on enquête, on cherche partout. On le questionne, on le cuisine: sans résultat.
Au bout du fossé, la culbute! Le monde va droit à la crise, à la catastrophe inévitable.
Le gros homme, affalé sur une chaise, les mains sur les cuisses, cuvait encore sa colère.
Il s'appliquait à ne pas passionner le débat, à lui garder un tour spéculatif.
Déconcerté par le sourire complice et le clignement d'oeil qu'Antoine lui décochait, il hésita une seconde.
Qui sait si je n'aurais pas mieux donné ma mesure en me consacrant aux maladies nerveuses et mentales? C'est un terrain où il reste encore tant à défricher.
Au commandement d'Antoine, ils reprirent les quatre coins du drap, hissèrent péniblement le malade hors de la baignoire et le déposèrent tout dégouttant sur le matelas.
Il respira un grand coup, et, lestement, dégringola l'escalier.
Vous allez délaisser ce qui est éphémère et fragile, pour aborder enfin le durable, l'éternel!
Il était encore temps de faire demi-tour. Il hésita. Finalement, il traversa la rue et pénétra sous la voûte.
Le lac, vu de haut, a la densité du mercure, son éclat mort.
Elle dépapillota une croquette de chocolat, la mit entre ses dents, et l'offrit ainsi à Antoine.
Non, non, poursuivit Jacques: L'homme peut s'expatrier, mais il ne peut pas se dépatrier.

Œuvres de Roger Martin du Gard

Correspondance avec A.GideJean BaroisJean Barois (1913)Jean Barois (1913), II, L'âge critiqueJean Barois (1913), II, Le calmeJean Barois (1913), Le goût de vivreJournal de guerreJournal, 17 mars 1942Les ThibaultLes Thibault, La Belle Saison (1923)Les Thibault, l'Epilogue (1937)Les Thibault, l'Epilogue (1940)Les Thibault, l'Eté 1914 (1936)Les Thibault, la Consultation (1928)Les Thibault, la Mort du père (1929)Les Thibault, la Sorellina (1928)Les Thibault, le Pénitencier (1922)Un TaciturneVieille France (1933)