Auteur

Paul Bourget

Je dépouillai en moins de quinze jours, la plume à la main, deux cents pages de cette Physiologie de Beaunis emportée dans ma malle.
Lorsqu'une maladie résulte, non pas d'un accident, mais de cette disposition générale qui constitue une diathèse, ses accidents se manifestent, non pas sur un point de l'organisme, mais sur plusieurs.
C'est surtout de la taquinerie. Il s'agit de nous embarrasser pour se divertir ensuite de notre gêne.
Cet engagement, passé entre nous deux, nous l'avons tenu.
De semblables hypothèses sont si hasardées que l'on ose à peine les énoncer.
Le soleil allumait sur les fleurs, les arbres, les herbes, un étincellement de rosée brillante.
Sans être un fat, je me rendais compte que je n'avais rien pour déplaire, ni dans mon visage, ni dans ma tournure.
La certitude qu'elle allait disparaître lui infligea ce serrement de la gorge, ce spasme de la poitrine qui décèlent le désarroi produit dans notre système nerveux par un choc trop intense.
Il faut vivre comme on pense, sans quoi l'on finira par penser comme on a vécu.
Pour elle, l'union libre est la vraie formule de la vie conjugale, celle qui affranchira l'homme et la femme, non pas de la moralité, mais du mensonge.
Vous ne savez pas parler au peuple. Vous lui prêchez la révolte, et il faut lui enseigner l'esprit de réforme, c'est-à-dire l'amélioration dans l'ordre.
Un sentiment naît, grandit, s'épanouit, se dessèche comme une plante, par une évolution parfois ralentie, parfois rapide, toujours inconsciente.
Qu'est-ce que l'amour? N'entrons pas dans son essence. Entre parenthèses, n'entrons jamais dans les essences, puisqu'il n'y en a pas. ... L'amour, c'est, au point de la vue purement phénoménal, l'absorption de toutes les forces de l'âme.
Savoir aimer, c'est d'abord, c'est toujours, ne pas juger l'être qu'on aime, c'est croire en-lui contre tout et tous.
La coquette spécule alors sur cette loi, que le flirt est un état d'équilibre instable, toujours à la veille d'une culbute d'un côté ou de l'autre.
Une femme qui a vraiment aimé, autant dire souffert, regarde flirter les autres avec les yeux d'une mère qui a perdu un enfant.
L'homme, en se civilisant, n'a-t-il fait vraiment que compliquer sa barbarie et raffiner sa misère?
Chaque génération a sa psychologie, nouvelle par certains traits. Avoir contribué à démêler quelques-un de ces traits me paraît être la plus haute ambition du romancier et de l'auteur dramatique.
L'homme moderne, qu'il veuille construire sa fortune ou écrire un livre, n'a plus de vaste organisme héréditaire où prendre place. Il résulte un cruel abandon, mais aussi une farouche indépendance.
En littérature, on ne subsiste qu'à la condition d'être franchement et complètement un exemplaire poussé à son plus haut point d'un certain état de la nature, ou de la société humaine.
La littérature du dix-neuvième siècle est une littérature de science. Cela signifie que le goût de la notation exacte est le trait commun aux maîtres de ce temps.
La composition n'est pas seulement une qualité littéraire. Elle est une vertu de l'esprit. Que dis-je? Elle est l'esprit même. Elle est tout simplement le don de situer ses impressions, de les classer, de les penser.
La société ne peut pas se passer de la théorie du Bien et du Mal, qui pour nous n'a d'autre sens que de marquer un ensemble de conventions, quelquefois utiles, quelquefois puériles.
Les éducateurs de grande race éprouvent, à discerner dans un écolier de dix-sept ans les premiers linéaments de la supériorité future, des émotions d'inventeurs et d'artistes.
Il y a deux espèces de chrétiens sociaux: ceux dont la pitié émotive court vers la misère pour la soulager, ceux dont la bonté réfléchie cherche à comprendre cette misère, pour la guérir dans ses causes.

Œuvres de Paul Bourget

Cosmopolis (1893)Essais de psychologie contemporaineEssais de psychologie contemporaine (1883-1886), Ed. et J. de GoncourtEssais de psychologie contemporaine (1883-1886), M. Alexandre Dumas filsEssais de psychologie contemporaine (1883-1886), StendhalEtudes et portraits (1891), PascalEtudes et portraits (1891), Réflexions sur le théâtreL'Etape (1902), I. Un amoureuxLe DiscipleLe Disciple (1889)Le Disciple (1889), II. L'affaire GreslouLe Démon de midiLe Démon de midi (1914)Le Démon de midi (1914), VII. Jacques SavignanLes AveuxNos actes nous suivent (1927)Pages de critique et de doctrine (1912), VIII. L'erreur de TolstoïPhysiologie de l'amour moderne (1883)Un Divorce (1904)Voyageuses (1897)