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Madame de La Fayette

Je vous adore, je vous hais je vous offense, je vous demande pardon je vous admire, j'ai honte de vous admirer. Enfin il n'y a plus en moi ni de calme ni de raison.
Les paroles les plus obscures d'un homme qui plaît donnent plus d'agitation que des déclarations ouvertes d'un homme qui ne plaît pas.
Ah ! Madame, reprit monsieur de Nemours, je ne saurais garder le silence que vous m'imposez : vous me faites trop d'injustice et vous me faites trop voir combien vous êtes éloignée d'être prévenue en ma faveur.
Elle tenait cette lettre avec une main tremblante ses pensées étaient si confuses qu'elle n'en avait aucune distincte et elle se trouvait dans une sorte de douleur insupportable, qu'elle ne connaissait point et qu'elle n'avait jamais sentie.
J'avoue, répondit-elle, que les passions peuvent me conduire mais elles ne sauraient m'aveugler.
J'ai eu tort de croire qu'il y eût un homme capable de cacher ce qui flatte sa gloire.
Est-il possible que l'amour m'ait si absolument ôté la raison et la hardiesse, et qu'il m'ait rendu si différent de ce que j'ai été dans les autres passions de ma vie ?
Lassé enfin d'un état si malheureux et si incertain, il résolut de tenter quelque voie d'éclaircir sa destinée. Que veux-je attendre, disait-il ? il y a longtemps que je sais que j'en suis aimé ; elle est libre, elle n'a plus de devoir à m'opposer ; pourquoi me réduire à la voir sans en être vu et sans lui parler ? Est-il possible que l'amour m'ait si absolument ôté la raison et la hardiesse, et qu'il m'ait rendu si différent de ce que j'ai été dans les autres passions de ma vie ? J'ai dû respecter la douleur de madame de Clèves ; mais je la respecte trop long-temps, et je lui donne le loisir d'éteindre l'inclination qu'elle a pour moi.

Œuvres de Madame de La Fayette

La Princesse de Clèves (1678)La princesse de Montpensier (1662)Lettre à Madame de SévignéLettresZaïde (1670)