Auteur

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues

Les hommes dissimulent par faiblesse, et par la crainte d'être méprisés, leurs plus chères, leurs plus constantes, et quelquefois leurs plus vertueuses inclinations.
Les grands n'estiment pas assez les autres hommes pour vouloir se les attacher par des bienfaits.
Les faibles veulent dépendre, afin d'être protégés: ceux qui craignent les hommes aiment les lois.
Les changements nécessaires aux Etats se font presque toujours d'eux-mêmes.
La courte durée de la vie ne peut nous dissuader de ses plaisirs, ni nous consoler de ses peines.
Moins on veut mériter sa fortune, plus il faut se donner de peine pour la faire.
On fait un ridicule à un homme du monde du talent et du goût d'écrire. Je demande aux gens raisonnables: Que font ceux qui n'écrivent pas?
Les sots s'arrêtent devant un homme d'esprit comme devant une statue de Bernini, et lui donnent, en passant, quelque louange ridicule.
C'est une marque de férocité et de bassesse d'insulter à un homme dans l'ignominie, s'il est, d'ailleurs, misérable; il n'y a point d'infamie dont la misère ne fasse un objet de pitié pour les âmes tendres.
Le défaut unique, en un sens, de tous les ouvrages, c'est d'être trop longs.
Il est si naturel aux hommes de tirer à soi et de s'approprier tout, qu'ils s'approprient jusqu'à la volonté de leurs amis, et se font de leurs complaisances même un titre pour les dominer avec tyrannie.
La honte et l'adversité sont, en quelque sorte, enchaînées l'une à l'autre; la pauvreté fait plus d'opprobres que le vice.
Il n'y a aucune idée innée, dans le sens des Cartésiens; mais toutes les vérités existent indépendamment de notre consentement, et sont éternelles.
L'illustre auteur de Télémaque ne donne-t-il pas aux princes un conseil timide, lorsqu'il leur inspire d'éloigner des emplois les hommes ambitieux qui en sont capables? Un grand roi ne craint pas ses sujets, et n'en doit rien craindre.
Il échappe quelquefois à un homme ivre des saillies plus agréables que celles des meilleurs plaisants.
Il y a de fort bonnes gens qui ne peuvent se désennuyer qu'aux dépens de la société.
Ceux qui doutent de la certitude des principes devraient estimer davantage l'éloquence: s'il n'y a point de réalités, les apparences augmentent de prix.
Faites remarquer une pensée dans un ouvrage, on vous répondra qu'elle n'est pas neuve; demandez alors si elle est vraie, vous verrez qu'on n'en saura rien.
La patience obtient quelquefois des hommes ce qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'accorder; l'occasion peut même obliger les plus trompeurs à effectuer de fausses promesses.
Nous sommes tellement occupés de nous et de nos semblables, que nous ne faisons pas la moindre attention à tout le reste, quoique sous nos yeux, et autour de nous.
Il est peut-être plus utile, dans les grandes places, de savoir et de vouloir se servir de gens instruits, que de l'être soi-même.
Ce n'est pas à porter la faim et la misère chez les étrangers qu'un héros attache la gloire, mais à les souffrir pour l'Etat; ce n'est pas à donner la mort, mais à la braver.
Qu'il y a peu de choses dont nous jugions bien!
On n'est pas né pour la gloire, lorsqu'on ne connaît pas le prix du temps.
Le prince qui n'aime point son peuple peut être un grand homme, mais il ne peut être un grand roi.

Œuvres de Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues

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