Auteur

Louis-Philippe Robidoux

L'idée fixe, c'est un peu comme le sens unique de l'intelligence.
Les cinq sens de l'homme doivent lui en donner un sixième, complément de tous les autres : le sens des valeurs.
Il faut vouloir beaucoup pour vouloir un peu.
Que de gens s'étudient à ne pas se connaître !
Tout commence et finit par le coeur.
La jeunesse est heureuse de tout ce qu'elle ne sait pas, et la vieillesse, chagrine de tout ce qu'elle aimerait ignorer.
Prendre congé de quelqu'un, c'est parfois faire deux heureux.
Entre la justesse de la pensée et la sincérité de l'expression écrite ou parlée, il est bien que la réflexion intervienne et remplisse l'intervalle.
Il arrive que la matière grise ne soit que de la matière brute.
On admet volontiers que les autres puissent avoir quelque expérience, mais à la condition que personne n'essaie d'imposer celle qu'il a.
Rien n'empêche tant d'apprendre davantage que l'orgueil que l'on tire d'avoir déjà appris quelque chose.
On a vite fait de trouver un pourquoi aux malheurs qui affligent ceux que l'on n'aime pas.
Au pays des rastaquouères, les culs-de-jatte de l'esprit sont rois.
L'obséquiosité aura beau faire, elle ne sera toujours qu'une mauvaise contrefaçon du tact.
Certaines gens pensent en longueur, d'autres en largeur, un très petit nombre ne profondeur, et l'immense majorité, point du tout.
On en voit peu d'occupés à soigner leur élégance spirituelle.
Le recours au mot rare n'est souvent que prétexte à mieux cacher l'indigence de la pensée.
Il y aurait un volumineux dictionnaire à faire avec les gros mots suggérés par le manque d'idées.
La colère et l'ironie ne se peuvent convenir. L'une a trop de fougue pour ce que l'autre a de finesse.
Beaucoup ont l'esprit mince qui ne l'ont pas fin. Mais les épais restent épais.
Les opinions toutes faites sont à l'intelligence ce que les vêtements achetés tout faits et étrennés sans réparations sont au corps. Dans les deux cas, il est difficile de porter beau.
Écrivez des niaiseries, on dira qu'elles donnent bien la mesure de votre esprit; exprimez des pensées profondes, on dira qu'elles ne sont pas de vous.
Les désenchantés sont des gens qui ont épuisé tout le printemps et tout l'été de leur coeur avant l'automne.
Aromatisons nos pensées et filtrons nos paroles.
L'envie explique la haine.

Œuvres de Louis-Philippe Robidoux

Feuilles Volantes (1949)