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Les frères Goncourt

Quelle supériorité de la parole écrite, du livre sur la causerie! Les plus mauvais livres, les plus légers, les plus vides, sont encore les cordes qui fixent le terrain, l'arène de la vérité.
Il y a des gens qui ne comprennent pas nos livres - lesquels gens comprennent le catéchisme!
Dans un livre, les auteurs doivent être comme la police: ils doivent être partout et ne jamais se montrer.
Un auteur doit être dans son livre comme la police dans une ville: partout et nulle part.
Montaigne, c'est la philosophie des autres.
La musique sert peut-être en ce qu'elle fait estimer le silence à son prix.
Lu saint Augustin, saint Jérôme, etc.: une des choses qui compromettent le plus Dieu, après la religion, ce sont les livres mystiques. Sorti de la lecture de tous ces mystiques comme d'une maison de fous et d'un hôpital d'âmes.
La vraie horreur de la nature consiste à préférer sincèrement les tableaux aux paysages et les confitures aux fruits.
Le plus grand signe du noble est de parler à son domestique. L'homme qui n'est pas un peu né lui commande et ne lui parle pas.
Les croyants sont très reconnaissants à Dieu d'avoir donné aux organes génitaux de la femme vivante l'odeur qu'il ne donne à la crevette que huit jours après sa mort.
On pourrait définir l'orgueil: cette vanité qui empêche de faire des choses basses.
Un mot qui court sur Paul Bert, le ministre de l'Instruction publique: «on dit que c'est un homme qui change à tout moment d'idée fixe.»
La critique littéraire à une tendance à louer le plagiat, quand il est commis par un homme de génie, par un Molière. C'est un peu comme si on disait qu'une canaillerie faite par un homme vertueux devient une bonne action.
A-t-on remarqué que l'enfant commence toujours à jouer à la littérature par la poésie, c'est-à-dire par la rime, par l'assonance des mots? C'est un moyen pour lui de se passer d'idées. Un terrible argument contre la poésie, qu'on a oublié.
Si l'on me demandait le secret pour réussir dans le monde moderne, je dirais: «Soyez mal élevé. Le tact est ce qui nuit le plus dans le monde. Il humilie les hommes et gêne les femmes.»
Puis, on parle de cette école de gens qui ont succédé aux lycanthropes de 1830, les épaffeurs cyniques, de Baudelaire et de son mot culminant, un jour qu'il arrivait en retard dans une société: «Pardon, je suis en retard, je viens de gamahucher ma mère.»
Ne pas s'occuper des autres, c'est toute la distinction; s'en occuper, c'est toute la politesse. Ces deux contraires, appliqués selon les lieux, les personnes, les circonstances, font tout l'homme bien élevé.
Servir un gouvernement, c'est se dévouer à des appointements.
Le peu de réussite des innombrables projets de l'homme a quelque chose de commun avec le frai du poisson: sur des millions d'oeufs, quelques douzaines seulement réussissent.
(Gavarni) nous raconta ce mot charmant de Mme de Girardin, à une dame qui disait: «Mais j'entends dire que votre mari fait des affaires; M. Un Tel fait des affaires: qu'est-ce que des affaires? - Les affaires? C'est... c'est l'argent des autres!»
La crédulité est un signe d'extraction: elle est peuple par essence. Le sceptique, l'esprit critique est l'aristocratie de l'intelligence.
La toute dernière définition de pédéraste: c'est un homme qui s'amuse là où les autres s'emmerdent.
Hugo disait, ces jours-ci, à Burty: «Parler, c'est un effort pour moi. Un discours, ça me fatigue comme de décharger trois fois!» Et réfléchissant, il ajoute: «Quatre même!»
Ce qui prouve que la vanité est encore un plus grand mobile humain que l'intérêt, c'est qu'il y a des gens qui se croient pape, empereur; il n'y en a pas qui se croient Rothschild.
La vérité de la vie, c'est la vie bestiale: les choses sont ainsi arrangées que tout homme qui essaye d'en sortir paye cela par de continuels tourments, une série non interrompue de coups d'épingles et de coups de poignards.

Œuvres de Les frères Goncourt

A propos de Gustave Moreau.Charles DemaillyDessin de l'Ivresse de Silène (1860)Germinie Lacerteux (1865)Idées et sensationsIdées et sensations (1866)JournalJournal (1887-1896)Journal tome 1Journal tome 1, 10 juillet 1865Journal tome 1, 11 avril 1863Journal tome 1, 12 juillet 1861Journal tome 1, 12 septembre 1864Journal tome 1, 13 septembre 1862Journal tome 1, 14 janvier 1861Journal tome 1, 14 septembre 1864Journal tome 1, 15 décembre 1857Journal tome 1, 15 février 1865Journal tome 1, 16 août 1865Journal tome 1, 17 avril 1858