Auteur

Jules Renard

J'ai perdu un petit cousin, ces jours-ci. - - Et moi, une petite cousine. Nous pouvons parler d'autre chose: nous sommes quittes.
Il est si orgueilleux qu'il se suiciderait pour se rendre intéressant.
Je vous croyais mort! Enfin, ce sera pour une autre fois...
C'est rudement commode, un enterrement. On peut avoir l'air maussade avec les gens: ils prennent cela pour de la tristesse.
Pour témoigner que son deuil persiste, elle ne veut se remarier qu'avec quelqu'un qui n'ait pas l'air trop vivant.
Un fossoyeur pioche à côté, on dirait qu'il va planter des morts pour qu'il repousse des vivants.
Je commence, quand meurt un homme célèbre, à calculer ce qui me reste à vivre pour vivre autant que lui.
La mort, ce serait le rêve si, de temps en temps, on pouvait ouvrir l'oeil.
Je n'ai jamais eu la chance de manquer un train auquel il soit arrivé un accident.
Sauf complications, il va mourir.
C'est si ennuyeux, le deuil! - A chaque instant, il faut se rappeler qu'on est triste.
Il a perdu une jambe en 70, il a gardé l'autre pour la prochaine.
Je n'ai plus l'âge de mourir jeune.
Eloge funèbre: La moitié de ça lui aurait suffi de son vivant.
Quand je pense que si j'étais veuf, je serais obligé d'aller dîner en ville.
A chaque lettre de deuil que je reçois, je m'amuse à remplacer le nom par le mien.
Il a pour lui l'éternité, montre en main.
Elle était si menue que si elle avait voulu se pendre, elle n'aurait pas fait le poids.
La certitude de n'être pas seul qui console même dans un cimetière.
«Votre mari n'a rien. Il croit qu'il est malade», dit le médecin anglais. - Quelques jours après, pleine de confiance en ce grand médecin, elle vient lui dire: «Mon mari croit qu'il est mort.»
Suicide: monter au ciel par une corde de pendu.
Les gens qui se font incinérer s'imaginent que, réduits en cendres, ils échapperont à Dieu.
La mort doit parler de moi: j'ai un glas dans les oreilles.
Pourquoi serait-il plus difficile de mourir, c'est-à-dire de passer de la vie à la mort, que de naître, c'est-à-dire de passer de la mort à la vie?
On ne s'habitue pas vite à la mort des autres. Comme ce sera long, quand il faudra nous habituer à la nôtre!

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