Auteur

Jean Antoine Petit, dit John Petit-Senn

Un nid sur l'arbre découronné par l'hiver fait songer au coeur trop sensible d'un vieillard d'où les amours ont fui et qui les rappelle en vain.
La foi qui meurt rend la vertu fragile.
Prévenir les objections vaut mieux que d'exceller à y répondre et l'homme le plus habile à sortir des mauvais pas ne vaudra jamais celui qui sait les éviter.
Les abus, plantes vivaces, ont pour extirpateurs les faibles qui en souffrent et pour racines les puissants qui en profitent.
Quand on ne peut plus faire oublier la sagesse aux femmes, on regarde comme un devoir de les en faire souvenir.
Il en est des mauvaises intentions comme des écus: pour les prêter, il faut les avoir.
Je conçois que les égoïstes puissent trouver le monde fort laid: ils n'y voient qu'eux.
L'amour avant l'hymen ressemble à une préface trop courte en tête d'un livre sans fin.
Un sot mis avec luxe est un mauvais livre doré sur tranche.
Une seule mauvaise habitude déteint sur toute une brillante éducation; c'est la goutte d'encre tombée dans un verre d'eau pure.
Candidat, on s'oblige envers les personnes qui peuvent servir; élu, on s'acquitte envers celles qui pourraient nuire.
Lorsqu'il prétend partout, sans cesse et sur tout prodiguer les rayons de son génie, l'homme illustre consume l'enthousiasme et dessèche l'admiration: c'est un beau soleil, mais on demande la pluie.
Les coeurs des jolies femmes, comme les bonbons du nouvel an, sont enveloppés d'énigmes.
Certains fripons ne sont si désolés quand nous sommes la dupe des autres que parce qu'ils espéraient que nous serions exclusivement la leur.
Les libéraux retardataires se mêlent aux plus avancés des conservateurs, comme les gens qui se couchent trop tard se rencontrent avec ceux qui se lèvent trop tôt.
Qui cesse d'être trop bon parait vite méchant.
Les fêtes ne sont point pour les gens du monde des raisons pour être heureux, mais des occasions de le paraitre.
Un mince argument nous empêche souvent d'admettre une vérité sublime; c'est un grain de sable dans l'oeil, qui nous voile la lumière.
Combien de flâneurs matamores portent de terribles moustaches qui ne bravent que leurs créanciers, ne combattent que l'ennui, et ne tuent que le temps!
Ne pas croire aux maux d'autrui pour n'avoir point à les plaindre, est la méthode de quelques-uns; les déplorer tous pour s'exempter d'en soulager aucun, est celle de quelques autres.
La raison sert aux amoureux comme un cadran solaire à l'ombre.
On aime la vertu comme l'on hait le vice, sans qu'il y paraisse.
Le critique est, en général, plus flatté du défaut qu'il relève seul dans un ouvrage que des beautés qu'il y admire avec tout le monde.
Rien n'ennuie comme l'obligation d'être amusant.
L'esprit fait vivre un ouvrage; le génie l'empêche de mourir.

Œuvres de Jean Antoine Petit, dit John Petit-Senn

Bluettes et boutades (1846)