Alors que, contrairement à la croyance de l'époque, Copernic avait découvert que notre monde n'était pas au centre de l'univers, mais l'une des planètes du système solaire, Sherwood Anderson m'ouvrit les yeux et me poussa à écrire sur ce qui m'entourait. Grâce à lui, je compris brusquement que le monde de l'écrit ne tournait pas autour de Milan ou de Londres, mais autour de la main qui écrivait, là où elle était : le centre de l'univers est là où vous vous trouvez.

À lire aussi de Amos Oz

Tout le pouvoir du monde serait impuissant à faire d'un fanatique un modéré. Tels sont les problèmes existentiels de l'État d'Israël : convertir un ennemi en amant, un fanatique en tolérant, un vengeur en allié.
La tragédie de l'humanité, prophétisait Shealtiel, n'est pas que les persécutés et les opprimés aspirent à s'affranchir et à redresser la tête. Non. Le pire est que les opprimés rêvent de devenir les bourreaux de ceux qui les oppriment. L'opprimé aspire à opprimer. L'esclave à devenir le maître. Comme dans le livre d'Esther.
Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les Juifs ont rejeté le christianisme. Jésus n'était pas chrétien. Il est né et mort juif. Il n'a jamais eu l'intention de fonder une nouvelle religion.
Voilà comment le Juif est perçu dans l'imaginaire de ses ennemis. Nous sommes tous des Judas. Même après quatre-vingt générations.
Si tu prends tes idées ailleurs, disait mon père, c'est très mal, c'est du plagiat, mais si tu les empruntes à une dizaine de livres, tu es un chercheur, et à une quinzaine, tu deviens un savant éminent
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Des livres, en revanche, on en avait à profusion, les murs en étaient tapissés, dans le couloir, la cuisine, l'entrée, sur les rebords des fenêtres, que sais-je encore ? Il y en avait des milliers, dans tous les coins de la maison. On aurait dit que les gens allaient et venaient, naissaient et mouraient, mais que les livres étaient éternels. Enfant, j'espérais devenir un livre quand je serais grand. Pas un écrivain, un livre : les hommes se font tuer comme des fourmis, les écrivains aussi. Mais un livre, même si on le détruisait méthodiquement, il en subsisterait toujours quelque part un exemplaire qui ressusciterait sur une étagère, au fond d'un rayonnage dans quelque bibliothèque perdue, à Reykjavik, Valladolid ou Vancouver.
Enfant, j'espérais devenir un livre quand je serais grand. Pas un écrivain, un livre : les hommes se font tuer comme des fourmis, les écrivains aussi. Mais un livre, même si on le détruisait méthodiquement, il en subsisterait toujours quelque part un exemplaire qui ressusciterait sur une étagère, au fond d'un rayonnage dans quelque bibliothèque perdue, à Reykjavik, Valladolid ou Vancouver.
Des livres, en revanche, on en avait à profusion, les murs en étaient tapissés, dans le couloir, la cuisine, l'entrée, sur les rebords des fenêtres, que sais-je encore ? Il y en avait des milliers, dans tous les coins de la maison. On aurait dit que les gens allaient et venaient, naissaient et mouraient, mais que les livres étaient éternels.
Voici ce que Rico Danon, dans Seule la mer, pense du mystérieux homme vivant dans l'Himalaya : L'enfant né d'une femme porte ses parents sur ses épaules. Non, pas sur ses épaules.En lui. toute sa vie, il sera condamné à les porter, eux et les légions de leurs parents, les parents de leurs parents, une poupée russe, grosse jusqu'à la dernière génération. Où qu'il aille, il porte ses parents, il les porte en se couchant, en se levant, s'il vagabonde au loin ou s'il reste en place. Nuit après nuit, il partage son lit avec son père et sa couche avec sa mère jusqu'à ce que son heure arrive. — Ne demandez pas si ce sont des faits réels. Si c'est ce qui se passe dans la vie de l'auteur. Posez-vous la question. sur vous-même. Quant à la réponse, gardez-la pour vous.
La mémoire vivante, tels les cercles à la surface de l'eau ou les frissons nerveux agitant l'échine d'une biche juste avant qu'elle ne s'enfuie, la mémoire donc frémit simultanément sur plusieurs rythmes, en plusieurs foyers, avant de se figer et de devenir le souvenir d'un souvenir.